Arrêt Blanco du 8 février 1873 – Fiche d’arrêt et analyse

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Savez-vous que le droit administratif français est né d’un terrible accident impliquant une enfant ? Il s’agit de l’histoire du célèbre arrêt Blanco rendu par le Tribunal des conflits le 8 février 1873.
Accrochez-vous bien, car vous allez découvrir une des décisions les plus importantes de la licence en droit !

Une enfant avait été renversée et blessée (blessure ayant conduit à l’amputation d’une jambe) par un wagonnet d’une manufacture de tabac. Le père avait saisi les tribunaux judiciaires pour faire déclarer l’État civilement responsable du dommage, sur le fondement du Code civil (anciens articles 1382 à 1384). La manufacture étant exploitée en régie par l’État (il ne s’agissait pas d’une “entreprise privée), le conflit fut élevé.
Le père de la victime, M. Blanco, a intenté une action en responsabilité contre l’État devant le tribunal civil de Bordeaux. Le préfet de la Gironde a soulevé un conflit de compétence. L’affaire a été portée devant le Tribunal des conflits.
Quel est l’ordre de juridiction compétent pour connaître d’une action en responsabilité à raison des dommages causés par des services publics ?
Selon le Tribunal des conflits, l’autorité administrative est seule compétente pour connaître des actions en responsabilité, pouvant incomber à l’État, pour les dommages causés aux particuliers par le fait des personnes qu’il emploie dans le service public.

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Dans quel contexte est rendu l’arrêt Blanco ?
L’arrêt Prince Napoléon est rendu dans un contexte politique particulièrement tendu de la jeune IIIe République. La France sort à peine de la défaite de 1870 face à la Prusse et de la Commune de Paris (1871). Le pays est profondément divisé entre les partisans de la République et ceux qui souhaitent une restauration monarchique. Le maréchal de Mac-Mahon, conservateur et monarchiste, occupe la présidence de la République depuis 1873.
Les lois constitutionnelles de 1875 viennent tout juste d’être adoptées, établissant définitivement le régime républicain, mais la présence des bonapartistes reste une source d’inquiétude pour le pouvoir en place. Le prince Jérôme Napoléon, cousin de Napoléon III, représente une figure importante du mouvement bonapartiste et incarne une opposition potentielle au régime.
Sur le plan juridictionnel, le Conseil d’État vient d’acquérir son indépendance grâce à la loi du 24 mai 1872, passant d’une justice retenue à une justice déléguée. Cette réforme majeure lui permet désormais de rendre la justice en son nom propre et non plus au nom du chef de l’État. Le Conseil d’État cherche à affirmer son rôle et son autorité dans ce nouveau contexte institutionnel. Cette affaire s’inscrit donc dans un moment charnière où les institutions républicaines se consolident progressivement, tandis que le Conseil d’État commence à développer sa jurisprudence de manière plus audacieuse, notamment en matière de contrôle de l’administration.
D’abord, le Tribunal des conflits, dans l’arrêt Blanco de 1873, consacre la responsabilité de l’État pour les dommages qu’il cause, tout en posant le principe de la spécificité du contentieux de l’administration. L’administration doit être soumise à des règles spéciales justifiées par les besoins du service public et non au droit privé. La responsabilité de l’administration : « (…) ne peut être régie par les principes qui sont établis dans le Code civil, pour les rapports de particulier à particulier » et « (…) a ses règles spéciales qui varient suivant les besoins du service et la nécessité de concilier les droits de l’État avec les droits privés ».
Ensuite, il Pose le critère du service public pour déterminer l’application du droit administratif et la compétence de la juridiction administrative. Ce critère n’est plus aujourd’hui un critère absolu de la compétence du juge administratif.
En effet, à l’occasion des 150 ans de l’arrêt Blanco, le Conseil d’État a souligné que l’accident d’Agnès Blanco ne serait plus jugé de la même manière aujourd’hui pour deux raisons :
Le Droit administratif est un droit fréquemment qualifié de « jurisprudentiel », notamment car ce droit est né d’une décision du Tribunal des conflits !
L’arrêt Blanco, rendu par le Tribunal des conflits, est fondamental en droit administratif français. Il concerne une enfant blessée par un wagonnet d’une manufacture de tabacs gérée par l’État. Le père avait saisi les tribunaux judiciaires pour obtenir réparation. Le Tribunal des conflits a jugé que l’autorité administrative était seule compétente pour connaître de cette action en responsabilité contre l’État.
L’arrêt pose le principe de la spécificité du contentieux administratif, soumettant l’administration à des règles spéciales justifiées par les besoins du service public. Il établit également le critère du service public pour déterminer l’application du droit administratif, bien que ce critère ne soit plus absolu aujourd’hui. Cette décision marque la naissance du droit administratif moderne en France.
| Faits | Enfant blessée par un wagonnet d’une manufacture de tabac Père saisissant les tribunaux judiciaires Demande de responsabilité civile de l’État Manufacture exploitée en régie par l’État |
|---|---|
| Procédure | Action contre le préfet du département de la Gironde |
| Question de droit | Quel est l’ordre de juridiction compétent pour connaître d’une action en responsabilité à raison des dommages causés par des services publics ? |
| Solution | L’autorité administrative est seule compétente pour connaître des actions en responsabilité, pouvant incomber à l’État, pour les dommages causés aux particuliers par le fait des personnes qu’il emploie dans le service public |
| Portée | Consacre la responsabilité de l’État pour les dommages qu’il cause Pose le principe de spécificité du contentieux administratif Établit des règles spéciales pour l’administration, justifiées par les besoins du service public Pose le critère du service public pour déterminer l’application du droit administratif et la compétence de la juridiction administrative |
Pour mémoriser l’arrêt Blanco, visualisez une grande balance de la justice en or majestueuse.
Sur le plateau gauche, placez un livre rouge « Code Civil » rouge vif en feu (droit commun), et sur le droit, un livre bleu fluo « Droit Administratif » (règles spéciales) en glace.
La balance penche à droite, illustrant la compétence administrative.
Autour, disposez un wagonnet renversé, et une petite fille blessée à la jambe (l’enfant blessée) et des cigarettes renversées un peu partout (la manufacture).
Imaginez le père de l’enfant en colère sautant sur le livre rouge du Code civil pour faire pencher la balance de ce côté sans succès (pour tenter d’obtenir la réparation du préjudice devant les juridictions civiles).
Enfin, imaginez une tache d’encre blanche (Blanco) sur le livre rouge, symbolisant l’effacement du droit commun au profit du droit administratif dans cette affaire, et rappelant le nom de l’arrêt « Blanco ».
Cette technique de mémorisation utilise plusieurs astuces vous permettant d’apprendre et de mémoriser plus facilement.
Tout d’abord, elle prend la forme d’une histoire — et qui n’aime pas les histoires ? — ce qui la rend plus simple à retenir.
Ensuite, nous faisons appel à la visualisation et à l’association en créant des images liées aux informations. Pour plus d’efficacité, nous utilisons l’exagération : plus c’est exagéré, mieux c’est mémorisé. Agrandissez ou rapetissez vos images, ajoutez du mouvement, des sons, des odeurs, des couleurs. Plus vos images sont absurdes, plus elles seront mémorables.
Enfin, nous employons la technique de l’empilage, qui consiste simplement à :
– Transformer votre information en image ;
– Empiler ces images à mémoriser.
Vous créez ainsi un « échafaudage imaginaire » où chaque élément a sa place. L’avantage majeur est de développer la créativité et la mémoire presque sans effort. Il suffit de suivre la consigne, d’empiler chaque élément tout en laissant libre cours à votre imagination.
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