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Devenir commissaire de justice : métier, études et salaire

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Le commissaire de justice est un officier public et ministériel qui signifie les actes, fait exécuter les décisions de justice (saisies, expulsions), réalise des constats et organise les ventes aux enchères judiciaires. C’est la profession née en 2022 de la fusion des huissiers de justice et des commissaires-priseurs judiciaires. Pour le devenir, il faut un master en droit (Bac+5), réussir l’examen d’accès, puis suivre 2 ans de formation en alternance à l’INCJ. Côté revenus, un commissaire de justice salarié débute autour de 3 000 € net par mois, tandis qu’un titulaire d’office installé gagne nettement plus.

Vous avez sûrement déjà entendu parler de l’huissier de justice… mais connaissez-vous le commissaire de justice ? C’est le même univers, et pourtant la profession a profondément changé : depuis 2022, huissiers et commissaires-priseurs judiciaires ont fusionné en une seule et même profession. Derrière l’image de « celui qui apporte les mauvaises nouvelles », le métier est en réalité bien plus varié qu’on ne l’imagine. Dans ce guide complet, vous allez découvrir ce que fait vraiment un commissaire de justice, le parcours exact pour le devenir, les rémunérations réelles et ce qu’en disent les professionnels eux-mêmes.

📖À propos de cet article

Cet article est rédigé par Laura Briguet-Lamarre, cofondatrice d’AideauxTD et titulaire d’un Master de l’université Paris II Panthéon-Assas (sciences politiques et sociales), à partir des sources officielles de la profession (Chambre nationale des commissaires de justice, INCJ, ONISEP) et de nombreux témoignages de professionnels et d’étudiants. L’objectif : vous donner une vision à la fois fiable et concrète du métier, au-delà des clichés.

Le métier de commissaire de justice : missions et rôle

Le commissaire de justice est un officier public et ministériel : il est nommé par le ministre de la Justice et exerce certaines missions de service public, sous le contrôle de l’État, tout en étant un professionnel libéral. Son rôle ne se limite pas, loin de là, aux saisies et aux expulsions. Pour bien comprendre le métier, le plus parlant est de regarder ce qu’il fait concrètement, domaine par domaine.

  • La signification des actes. Il porte officiellement à la connaissance des personnes les actes de justice : une assignation à comparaître, la notification d’un jugement, un commandement de payer. C’est ce qui donne une date certaine et une valeur juridique à la procédure.
  • L’exécution des décisions de justice. Quand un jugement n’est pas appliqué, c’est lui qui le fait exécuter : saisie sur compte bancaire, saisie de meubles ou de véhicule, saisie sur salaire, expulsion. C’est la partie la plus connue (et la plus redoutée) du métier.
  • Les constats. Il établit des constats qui font foi jusqu’à preuve du contraire : un dégât des eaux, une malfaçon sur un chantier, un affichage de permis de construire, une contrefaçon, un constat avant travaux. Une activité très variée et en plein essor.
  • Les ventes aux enchères judiciaires (et volontaires) : prisée, inventaire et vente de biens meubles. C’est l’héritage de l’ancien commissaire-priseur judiciaire.
  • Le recouvrement amiable des créances, et, avec une formation dédiée, la médiation ou l’administration d’immeubles.

Ce que les professionnels racontent le plus souvent, c’est justement cette variété : dans une même journée, on peut faire un constat de dégât des eaux le matin, une vente aux enchères l’après-midi, puis une signification en fin de journée. L’idée reçue du « commissaire qui ne fait que des expulsions toute la journée » est très loin de la réalité du métier.

Pour vous faire une idée concrète du quotidien, des missions et de la rémunération, voici une vidéo de présentation du métier :

📌Le cadre juridique du métier

La profession est régie par l’ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016, qui a créé le statut de commissaire de justice (entrée en vigueur le 1er juillet 2022). La formation et les conditions d’accès sont fixées par le décret n° 2019-1185 du 15 novembre 2019 et ses arrêtés d’application. Le commissaire de justice exerce sous le contrôle du procureur général près la cour d’appel de son ressort.

Commissaire de justice ou huissier : quelle différence ?

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C’est LA question que tout le monde se pose. La réponse est simple : le commissaire de justice a remplacé l’huissier de justice. La profession a été créée par l’ordonnance du 2 juin 2016 et est entrée en vigueur le 1er juillet 2022. Elle est née de la fusion de deux anciennes professions : les huissiers de justice et les commissaires-priseurs judiciaires.

Autrement dit, le commissaire de justice réunit aujourd’hui les compétences des deux : les missions de l’ancien huissier (signification, exécution, constats, recouvrement) et celles de l’ancien commissaire-priseur judiciaire (inventaires, prisées et ventes judiciaires de meubles).

⚠️Le mot « huissier » a officiellement disparu

Depuis le 1er juillet 2026, les titres d’« huissier de justice » et de « commissaire-priseur judiciaire » n’existent plus : seuls les professionnels ayant suivi la formation spécifique portent le titre de commissaire de justice. Si vous lisez un article qui parle encore d’« études pour devenir huissier », c’est qu’il n’est plus à jour.

Comment devenir commissaire de justice ? Le parcours

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Le parcours est encadré par des textes précis (décret du 15 novembre 2019 et arrêtés d’application). Voici les étapes, dans l’ordre :

  1. Un master en droit (Bac+5), ou un diplôme admis en équivalence (domaines juridique, économique, comptable, gestion). À noter : une maîtrise ou un M1 en droit obtenu avant le 17 novembre 2020 suffit pour candidater.
  2. L’examen d’accès à la formation, organisé par la Chambre nationale des commissaires de justice (au moins une fois par an).
  3. La formation à l’INCJ (Institut national de formation des commissaires de justice) : 2 ans en alternance, mêlant cours théoriques et stage en office sous statut de salarié. Bonne nouvelle : ce n’est pas une école unique où tout le monde doit se rendre. L’INCJ dispose de 8 centres de formation (Aix-en-Provence, Angers, Bordeaux, Lille, Lyon, Paris, ainsi que La Réunion et La Martinique) : vous suivez les cours près de chez vous, à raison d’environ une journée par semaine, tout en travaillant dans votre office.
  4. L’examen d’aptitude final, qui délivre le certificat d’aptitude aux fonctions de commissaire de justice.
  5. La nomination : vous pouvez alors exercer comme commissaire de justice (salarié d’un office, ou titulaire/associé une fois installé).
🌟Combien d’années d’études ?

Comptez environ 7 ans après le bac : 3 ans de licence de droit, 2 ans de master, puis 2 ans de formation à l’INCJ. Une voie passerelle existait pour les anciens huissiers et commissaires-priseurs (formation de 60 à 80 heures), mais elle se terminait en 2026.

L’examen d’accès est-il un concours ? Non : à la différence de la magistrature, il n’y a pas de nombre de places fixé d’avance. C’est un examen, avec un seuil de réussite, mais il reste sélectif. Son taux d’admission a d’ailleurs beaucoup évolué ces dernières années, signe d’un fort regain d’intérêt pour la profession :

Session de l’examen d’accèsTaux d’admission
202210,6 %
202322,4 %
202439,8 %
202529,8 %
Source : INCJ (résultats de l’examen d’accès). En 2025, 488 candidats étaient inscrits, dont près de 77 % de femmes.

Un point que les candidats soulignent souvent : la vraie difficulté n’est pas seulement l’examen, c’est aussi de trouver l’office qui vous prendra en stage pendant les 2 ans de formation. Anticipez cette recherche le plus tôt possible : les places sont disputées, et un bon stage fait souvent la différence sur un parcours.

Quel salaire pour un commissaire de justice ?

Comme pour le notariat, il n’y a pas « un » salaire, mais plusieurs réalités selon le statut. Un clerc ou collaborateur est salarié de l’office. Un commissaire de justice salarié est diplômé mais employé. Un commissaire de justice libéral (titulaire ou associé) est rémunéré par les bénéfices de son office : ses revenus sont bien plus élevés, mais variables.

ProfilRémunération (ordre de grandeur)
Clerc / collaborateur débutantrémunération encadrée par la convention collective de la profession
Commissaire de justice salarié débutantenviron 3 000 € net / mois
Commissaire de justice libéral installétrès variable, nettement plus élevé, selon le chiffre d’affaires de l’office
Le salaire de début de carrière d’un commissaire de justice salarié (environ 3 000 € net) est une donnée du CIDJ. Les revenus des libéraux ne font pas l’objet d’un chiffre officiel : ils dépendent de l’office. Pour donner un ordre d’idée, le chiffre d’affaires total de la profession dépassait 1,4 milliard d’euros en 2024 (CNCJ).
🌟La réalité de la rémunération

Deux constats reviennent régulièrement chez les professionnels. D’abord, le clerc débutant se sent souvent mal payé au regard de ses études : c’est en montant en compétences que la rémunération décolle. Ensuite, le vrai grand écart se situe entre le salarié et le titulaire installé : comme dans le notariat, c’est l’installation qui change tout, financièrement.

S’installer : ouvrir ou racheter un office

Une fois diplômé, le grand objectif d’une carrière est souvent de devenir titulaire de son office, c’est-à-dire de s’installer à son compte. Deux voies : racheter un office existant (ou des parts) ou être nommé sur un office nouvellement créé dans les zones ouvertes par la « carte » du ministère de la Justice (le même mécanisme de libre installation que pour les notaires).

Combien ça coûte ? Le prix d’un office dépend de son chiffre d’affaires et de sa localisation : il peut aller de quelques dizaines de milliers d’euros pour une petite structure rurale à plus d’un million d’euros pour un gros office en grande ville. La bonne nouvelle, et c’est un point que confirment les professionnels installés : la profession dispose d’organismes de financement dédiés qui prêtent à des conditions avantageuses. Certains témoignent ainsi s’être installés avec un apport personnel modeste (de l’ordre de 20 000 €), le reste étant financé par l’emprunt et remboursé grâce aux revenus de l’office. Le ticket d’entrée n’est donc pas réservé aux héritiers de la profession.

Évolutions et débouchés

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La carrière classique consiste à évoluer de collaborateur à commissaire de justice salarié, puis à devenir associé ou titulaire d’un office. Le diplôme ouvre aussi des passerelles vers d’autres univers juridiques :

  • le recouvrement et la gestion du contentieux en entreprise ;
  • les services juridiques des banques, assurances et bailleurs ;
  • les certificats de spécialisation reconnus par la profession (ventes, médiation, administration d’immeubles…), pour se démarquer.

C’est aussi une profession qui se féminise et rajeunit fortement, et dont le maillage couvre tout le territoire : autant de signaux d’une profession qui recrute.

Les qualités pour devenir commissaire de justice

Au-delà du droit, le métier exige un vrai équilibre entre fermeté et sens humain. D’après l’ONISEP et les professionnels :

  • De l’autorité et du sang-froid. Il faut savoir tenir son rôle dans des situations tendues (une expulsion, une saisie) sans se laisser déborder.
  • De la diplomatie et de l’écoute. On intervient souvent auprès de personnes en difficulté : l’empathie est présentée par les professionnels comme une qualité essentielle, pas comme une faiblesse.
  • Une grande rigueur juridique. Chaque acte obéit à des règles de forme strictes : la moindre erreur peut le rendre nul.
  • Des qualités rédactionnelles et un sens de la communication, à l’écrit comme à l’oral.

Avantages et inconvénients du métier

🌟Les avantages du métier

Une grande variété de missions (constats, ventes, exécution) : peu de routine.
Une profession stable, qui recrute et se renouvelle.
De l’indépendance et un statut de chef d’entreprise une fois installé.
Des revenus confortables pour les titulaires d’office.
Un vrai rôle de service public, au contact du terrain.

⚠️Les points de vigilance

Une charge émotionnelle réelle : on est confronté à la détresse sociale, et les significations ou expulsions peuvent donner lieu à des tensions, voire à de l’hostilité.
Une image négative à porter (le cliché de « celui qui fait peur »), même si elle ne reflète pas la réalité du métier.
Un début de carrière (clerc, collaborateur) souvent jugé peu rémunérateur.
Un accès sélectif (examen + recherche d’un office de stage).

🌟La profession en chiffres (CNCJ, 2025)

On compte environ 3 750 commissaires de justice en France, répartis dans près de 2 200 offices. La profession se féminise (environ 43 % de femmes, et près de 61 % chez les moins de 30 ans) et l’âge moyen est d’environ 49 ans. Les commissaires de justice établissent près de 8,4 millions d’actes par an, pour un chiffre d’affaires global supérieur à 1,4 milliard d’euros (2024).

Questions fréquentes sur le métier de commissaire de justice

Quelles études pour devenir commissaire de justice ?

Un master en droit (Bac+5), ou un diplôme admis en équivalence, puis la réussite de l’examen d’accès et 2 ans de formation en alternance à l’INCJ, validés par un examen d’aptitude. Soit environ 7 ans d’études après le bac.

Quel master pour devenir commissaire de justice ?

Il n’y a pas de master imposé : un master en droit (droit privé, droit des affaires, procédure, droit de l’exécution…) convient. Certains diplômes des domaines économique, comptable ou de gestion sont aussi admis en équivalence pour passer l’examen d’accès.

Quel est le salaire d’un commissaire de justice ?

Un commissaire de justice salarié débute autour de 3 000 € net par mois. Un clerc ou collaborateur débutant gagne moins (selon la convention collective de la profession), tandis qu’un titulaire d’office installé perçoit des revenus nettement supérieurs, mais variables selon son office.

Quel est le rôle d’un commissaire de justice ?

Il signifie les actes de justice, fait exécuter les décisions (saisies, expulsions), réalise des constats qui font foi, organise les ventes aux enchères judiciaires et peut intervenir en recouvrement amiable, médiation ou administration d’immeubles. C’est un officier public et ministériel.

Qui peut devenir commissaire de justice ?

Toute personne titulaire d’un master en droit (ou diplôme équivalent), de nationalité requise et présentant les garanties de moralité exigées, qui réussit l’examen d’accès puis la formation de l’INCJ. Il n’y a pas de limite d’âge : les reconversions sont possibles.

Peut-on devenir commissaire de justice sans diplôme ?

Non. Contrairement à une idée reçue héritée de l’ancien métier d’huissier, on ne peut pas accéder à la profession sans diplôme : un master en droit (ou équivalent) est désormais exigé. Sans master, on peut en revanche travailler en office comme clerc ou collaborateur.

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Sources

  • Chambre nationale des commissaires de justice (CNCJ) : statut, missions et chiffres clés de la profession
  • INCJ (Institut national de formation des commissaires de justice) : formation initiale, examen d’accès et résultats
  • Ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016 et décret n° 2019-1185 du 15 novembre 2019 (Légifrance)
  • Ministère de la Justice : fiche profession et Chiffres clés de la Justice
  • ONISEP et CIDJ : fiche métier « commissaire de justice » ; témoignages de professionnels et d’étudiants
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