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Déconcentration et décentralisation : définition et différences

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Les notions de déconcentration et de décentralisation sont envisagées dans les cours de droit constitutionnel et de droit administratif en licence de droit et dans la plupart des concours administratifs.

La déconcentration consiste à implanter des autorités administratives représentant l’État dans des circonscriptions administratives locales alors que la décentralisation consiste à transférer des compétences de l’État à des collectivités territoriales, titulaires de la personnalité morale et jouissant d’une certaine autonomie.

Dans ce cours complet sur le couple déconcentration / décentralisation, nous allons définir chacune de ces notions en détail et analyser les différences, les similitudes et la complémentarité entre ces deux systèmes d’organisation administrative. En bonus, vous trouverez à la fin du cours des exemples de sujets ayant fait l’objet d’un examen sur ce thème.

I. Explications sur la centralisation, la déconcentration et la décentralisation

L’État est une personne morale de droit public représentant une collectivité, un peuple ou une nation, à l’intérieur ou à l’extérieur d’un territoire déterminé sur lequel elle exerce le pouvoir suprême, la souveraineté.

On distingue deux formes principales d’État : l’État unitaire et l’État fédéral.

L’État fédéral est un État composé dont la structure juridique est fondée sur une association d’États, superposés, formant un État à double étage (au premier étage se trouvant les États fédérés et au deuxième étage, l’État fédéral). Un État fédéral (ou fédération) se superpose à des États fédérés. Par exemple, pour les États-Unis, on parle d’États, pour l’Allemagne de Länder, pour le Canada de Provinces, etc.

L’État unitaire se caractérise par l’unité du pouvoir politique : un seul centre de décisions politiques s’exerce sur l’ensemble du territoire et dispose de la totalité des compétences étatiques. L’État unitaire est indivisible : le pouvoir politique n’est pas divisible en « parties » (Const. 58, art. 1, « la France est une République indivisible »).

Cette unité du pouvoir politique n’empêche toutefois pas l’État unitaire d’être organisé selon des modalités particulières évitant que la gestion de l’État ne soit confiée qu’à un centre unique : la décentralisation et la déconcentration.

La centralisation désigne une des modalités d’organisation administrative du territoire de l’État unitaire qui consiste à concentrer le pouvoir en un seul et unique lieu de commandement à partir duquel seront prises toutes les décisions concernant l’ensemble du territoire. Dans un tel système, la capitale (en France, Paris) constitue le centre de l’État au détriment du reste de son territoire. L’intégralité des décisions administratives régissant la situation des administrés est prise par des instances rattachées à l’autorité centrale.

Un système trop centralisé n’est pas viable dans un pays moderne, car il provoque inévitablement un engorgement du centre avec une multitude de questions mineures, chaque décision locale étant réglée par les autorités centrales. En d’autres termes, la taille et la complexité des États modernes rendent impossible une gestion efficace depuis un unique centre de décision. La France, avec ses 67 millions d’habitants répartis sur plus de 540 000 km², illustre parfaitement ce besoin. Sans déconcentration ni décentralisation, les services publics seraient paralysés par la lenteur administrative et l’éloignement des centres de décision.

💡Exemple

Par exemple, l’instruction d’un permis de construire pour une habitation située en Guadeloupe nécessiterait systématiquement une décision depuis Paris, ce qui engendrerait des délais considérables. Citation : « La centralisation, c’est l’apoplexie au centre, la paralysie aux extrémités » (Félicité de Lamennais, 1848).

Dans ce cadre, la déconcentration et la décentralisation constituent deux techniques différentes, mais complémentaires, d’organisation administrative permettant de remédier aux inconvénients d’une centralisation trop poussée.

La déconcentration est un système qui consiste à déléguer un certain pouvoir de décision à des autorités représentant l’État sur le territoire, n’ayant pas la personnalité morale, soumises au pouvoir hiérarchique de l’autorité centrale.

La décentralisation consiste à transférer des compétences administratives de l’État vers des entités locales, telles que les collectivités territoriales, jouissant d’une personnalité juridique propre. Ces entités ne sont pas soumises à un pouvoir de contrôle, mais à un simple contrôle administratif.

II. La déconcentration

Qu’est-ce que la déconcentration ?

La déconcentration est un processus d’aménagement de l’État unitaire consistant à implanter des autorités administratives représentant l’État, qui lui sont subordonnées, dans des circonscriptions administratives locales. Ces autorités administratives représentant l’État sont dénommées les « autorités déconcentrées », « organes déconcentrés » ou « représentants de l’État » (jusqu’en 1992, on parlait de « services extérieurs de l’État »). Ils représentent l’État (ou les « organes centraux » ou « l’autorité centrale »). L’administration centrale transfert des attributions à ses représentants locaux.

La déconcentration constitue une modalité de la centralisation. En effet, dans le régime de la centralisation, les agents sont placés dans un lien de dépendance étroit à l’égard du gouvernement central : l’autorité centrale prend les décisions. Dans ce cadre, la déconcentration permet de placer des relais à différents niveaux permettant, pour l’autorité centrale, de transférer la prise de décision.

💡Exemple

Par exemple, le préfet représente l’autorité centrale dans les départements et les régions.

Plus spécifiquement, la déconcentration est un aménagement interne de la centralisation, car la répartition des compétences s’opère au sein d’une même personne morale, à savoir l’État. La déconcentration crée un second niveau d’administration au sein d’une même personne publique : au premier niveau se trouvent les organes centraux, et au second niveau se trouvent les organes déconcentrés, subordonnés, qui les représentent au niveau local. La même institution décide. C’est la raison pour laquelle la déconcentration n’affecte pas le caractère centralisé de l’État. Il est donc possible de parler transfert de pouvoir en vase clos. Selon la formule d’Odilon Barrot, avocat et homme politique, « c’est le même marteau qui frappe, mais on a raccourci le manche ».

Le décret du 7 mai 2015 portant charte de la déconcentration, définit la déconcentration comme consistant « à confier aux échelons territoriaux des administrations civiles de l’État le pouvoir, les moyens et la capacité d’initiative pour animer, coordonner et mettre en œuvre les politiques publiques définies au niveau national et européen ».

🌟À retenir

La déconcentration se distingue de la délocalisation. La délocalisation consiste simplement à déplacer géographiquement un service sans modifier son organisation juridique. Par exemple, l’ENA a été délocalisée de Paris à Strasbourg en 1991.

Quelles sont les caractéristiques de la déconcentration ?

1. L’absence de personnalité morale des organes déconcentrés

Comme il l’a été expliqué ci-dessus, la déconcentration s’opère au sein d’une même personne morale (l’État). Les organes déconcentrés, contrairement aux autorités décentralisées, ne bénéficient pas d’une personnalité morale propre. Il s’agit d’un aménagement interne de la centralisation, car la répartition des compétences s’opère au sein d’une même personne morale.

2. L’existence d’un pouvoir de décision

Dans le cadre de la déconcentration, les autorités centrales délèguent une partie de leur pouvoir décisionnel à leurs agents locaux. Ainsi, les autorités déconcentrées bénéficient d’un pouvoir de décision propre permettant aux organes locaux de trancher eux-mêmes certaines affaires. Elles sont toutefois soumises au pouvoir hiérarchique.

3. L’encadrement des autorités déconcentrées par le pouvoir hiérarchique

L’autorité supérieure exerce un pouvoir et un contrôle hiérarchique sur les actes et sur la personne de ses subordonnés. Ce pouvoir permet à l’autorité hiérarchique de veiller à la bonne exécution de ses instructions. On distingue trois composantes de ce pouvoir hiérarchique :

  • Le pouvoir d’instruction s’exerce sur les personnes et se manifeste par l’émission d’ordres ou de modalités d’actions, qu’il s’agisse d’instructions générales ou d’ordres particuliers.
  • Le pouvoir d’annulation et de réformation s’exerce sur les actes et permet au supérieur hiérarchique soit d’annuler les décisions de son subordonné, soit de les modifier pour des raisons de légalité ou d’opportunité (c’est-à-dire qu’il peut être exercé « sans cause déterminée »).
  • Le pouvoir de substitution d’action. En principe, le supérieur hiérarchique ne peut se substituer à l’autorité subordonnée, sauf dans deux cas : en cas de compétence totalement liée et lorsque l’administration est obligée d’agir pour des raisons de sécurité publique.

Enfin, le supérieur hiérarchique peut exercer un pouvoir sur la carrière des subordonnés en déterminant l’affectation des fonctionnaires, en procédant à leur notation annuelle, ou en prenant des sanctions à leur encontre.

🌟À retenir

Le pouvoir hiérarchique, attribué principalement aux ministres, est détenu de plein droit (sans qu’un texte soit nécessaire) par l’autorité supérieure (CE, 30 juin 1950, Quéralt). Par exemple, le Premier ministre étant une autorité plus élevée que le préfet, exerce un contrôle hiérarchique sur le préfet, sans qu’un texte ne soit nécessaire.

4. Une organisation territoriale spécifique

S’agissant de la déconcentration territoriale, elle s’articule autour de circonscriptions administratives bien définies, avec différents échelons territoriaux (région, département, arrondissement, canton, commune). Ce point est abordé ci-dessous.

5. La mise en oeuvre des politiques nationales au niveau local

S’agissant de la nature des compétences exercées, les services déconcentrés mettent en œuvre les politiques nationales définies par l’État, en les adaptant aux contextes locaux. Ces compétences sont encadrées par l’article 72 de la Constitution, qui confie aux représentants de l’État la mission d’assurer la coordination et la cohérence de l’action étatique sur le territoire.

6. L’existence d’une double dimension de la déconcentration

La déconcentration se caractérise par sa double dimension : territoriale et fonctionnelle. La déconcentration territoriale correspond à la présence des services de l’État sur le territoire, tandis que la déconcentration fonctionnelle concerne des établissements publics spécialisés qui, tout en disposant d’une certaine autonomie, restent sous la tutelle de l’État. Ce point est abordé ci-dessous.

Quels sont les différents types de déconcentration ?

On distingue deux types de déconcentration.

La déconcentration fonctionnelle consiste à la représentation dans un territoire donné d’établissements publics nationaux (portant souvent le nom d’agence ou d’opérateur national). Ces établissements publics nationaux se voient confier des missions spécifiques : ils sont donc spécialisés dans un domaine particulier. Juridiquement, ils sont généralement créés comme établissement public administratif ou d’établissement public industriel et commercial. On parle d’administration locale de l’État. La déconcentration se fait alors sur une base fonctionnelle.

💡Exemple

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

La déconcentration territoriale ou géographique fait référence aux circonscriptions administratives de l’État. Elle correspond à la répartition des services de l’État sur l’ensemble du territoire, avec une organisation hiérarchique du niveau national jusqu’au niveau local. Elle se matérialise par la présence de représentants de l’État à différents échelons territoriaux. Elle est assurée par les services déconcentrés des administrations civiles de l’État.

La principale différence entre ces deux types de déconcentration réside dans leur organisation : la déconcentration territoriale suit une logique géographique avec des compétences générales, tandis que la déconcentration fonctionnelle suit une logique de spécialisation par domaine d’activité.

Critères Déconcentration territoriale Déconcentration fonctionnelle
Rattachement au niveau central Agents représentant directement les ministères Dirigeants d’organismes publics nationaux
Organisation spatiale Division administrative du territoire (échelons régional, départemental et infra-départemental) Zone d’action spécifique à chaque organisme
Autorité de rattachement Administration centrale de l’État Établissement public disposant de sa propre personnalité juridique
Cadre d’action Exécution des missions au nom et sous l’autorité de l’État Action menée pour l’établissement public de rattachement
Nature des attributions Compétences définies constitutionnellement (art. 72) avec mission d’assurer l’unité de l’action étatique sur le territoire Missions spécialisées variables selon l’établissement

Quels sont les organes et les circonscriptions administratives de la déconcentration ?

🌟À retenir

Les agents publics des services déconcentrés représentent 96 % des agents de l’État et ces services gèrent plus des deux tiers des crédits inscrits au budget de l’État.

En France, les circonscriptions administratives déconcentrées permettent, dans le cadre de la déconcentration, d’attribuer des pouvoirs aux représentants de l’État au niveau local. En d’autres termes, les représentants des administrations centrales sont investis d’un pouvoir de décision au nom et pour le compte de l’État dans un périmètre donné du territoire. Il s’agit d’aires géographiques délimitées. Dans chaque circonscription administrative, un représentant de l’État « à la charge des intérêts nationaux, du contrôle administratif et du respect des lois » (Const., art. 72).

Concrètement, le territoire national est divisé en circonscriptions administratives à l’intérieur desquelles une autorité administrative est compétente pour agir.

Voici la liste des circonscriptions de la déconcentration territoriale (de l’échelon le plus large, au plus restreint)

1. Les circonscriptions régionales (les régions) dirigées par le préfet de région. Elles disposent de directions régionales spécialisées (par exemple les DREETS). Il s’agit par exemple de l’échelon territorial de l’animation et de la coordination des politiques de l’État ou de la définition du cadre stratégique de la politique immobilière des services déconcentrés de l’État.

2. Les circonscriptions interdépartementales concernent spécifiquement certaines administrations et sont dirigées par des préfets de zone. Par exemple, le territoire métropolitain est découpé en sept zones de défense et de sécurité. Il s’agit par exemple de l’échelon territorial relatif à la politique de sécurité civile et à la défense non militaire de l’État.

3. Les circonscriptions départementales (les départements) dirigées par le préfet de département. Il s’agit par exemple de l’échelon territorial relatif à la mise en œuvre des politiques nationales et européennes. Il existe des directions départementales interministérielles dont le nombre dépend de la taille de la population du département (par exemple, la direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) gère la mise en place des politiques de cohésion sociale et les politiques en matière de jeunesse, de sport, de la vie associative et de l’éducation populaire).

4. Les circonscriptions d’arrondissement (les arrondissements, créé par la loi du 28 pluviôse an VIII) dirigées par des sous-préfets. Il s’agit de l’échelon territorial relatif à l’animation du développement local et de l’action administrative locale de l’État.

5. Les circonscriptions cantonales (les cantons, créés par la loi du 22 décembre 1789) n’ont pas de responsables administratifs propres. Ils constituent le cadre territorial pour le déploiement des services de la gendarmerie et des impôts. Il s’agit également de la circonscription électorale servant de base à l’élection des conseillers départementaux.

6. Les circonscriptions communales (les communes, créées par la loi du 14 décembre 1789) sont dirigées par le maire en tant qu’agent de l’État. Les maires ont des compétences en matière d’état civil et sont des officiers de police judiciaire.

Quels sont les avantages et inconvénients de la déconcentration ?

La déconcentration présente des avantages et des inconvénients.

Les avantages de la déconcentration

Efficacité administrative. La déconcentration permet d’abord de désengorger l’autorité centrale. Les administrations centrales peuvent se concentrer sur leurs missions stratégiques plutôt que sur la gestion quotidienne, ce qui réduit les délais de prise de décision pour les administrés. Par ailleurs, cette proximité également d’apporter des réponses plus rapides aux administrés, en évitant les délais dus à une remontée systématique des dossiers au niveau central.

La déconcentration améliore ainsi l’efficacité de l’action administrative. Dans un système trop centralisé (et trop peu déconcentré), les autorités centrales seraient en incapacité de prendre l’intégralité des décisions pour tout le territoire avec la rapidité nécessaire.

Proximité avec les citoyens. La déconcentration permet ensuite une meilleure adaptation des décisions aux réalités locales puisque les agents déconcentrés connaissent plus précisément les enjeux de leur territoire : ils sont mieux informés. Dans un système trop centralisé, les décisions de l’autorité centrale risqueraient d’être inadaptées et déconnectées des réalités locales, car ces autorités ne seraient pas à même de connaître précisément les besoins locaux.

Les inconvénients de la déconcentration

La déconcentration comporte également certaines limites significatives.

D’abord, elle présente le risque d’une application inégale des politiques publiques selon les territoires, car chaque autorité déconcentrée peut interpréter différemment les directives nationales. En effet, la centralisation a le mérite d’un fonctionnement uniforme des services publics dans tout le territoire. Cette unité de décision garantit – théoriquement – une certaine égalité de traitement de tous les administrés. En d’autres termes, l’uniformité serait gage d’égalité. Toutefois, ce point doit être nuancé, car les inconvénients de la centralisation (prises de décisions déconnectées des réalités locales, retard dans les prises de décisions…) génèrent en pratique des inégalités.

De plus, le maintien du lien hiérarchique avec l’administration centrale peut parfois ralentir la prise de décision, les agents déconcentrés devant attendre les instructions ou l’autorisation de leur hiérarchie.

Par ailleurs, la déconcentration peut engendrer des coûts supplémentaires liés à la multiplication des échelons administratifs et des services.

Enfin, la complexité de l’organisation administrative qui en résulte peut nuire à la lisibilité de l’action publique pour les citoyens.

Tableau récapitulatif des avantages et des inconvénients de la déconcentration

Dimensions Avantages Inconvénients
Efficacité administrative Décharge les services centraux de la gestion quotidienne Permet aux administrations centrales de se concentrer sur les missions stratégiques Accélère le traitement des dossiers Maintien du lien hiérarchique peut ralentir certaines décisions Coûts supplémentaires liés à la multiplication des services Risque de doublons administratifs
Relation avec les citoyens Meilleure connaissance des enjeux locaux Réponses plus rapides aux besoins des administrés Adaptation aux réalités du territoire Complexité de l’organisation administrative Manque de lisibilité pour les citoyens Multiplication des interlocuteurs
Mise en œuvre des politiques publiques Adaptation plus fine aux contextes locaux Meilleure réactivité dans l’application Plus grande souplesse d’action Risque d’application inégale selon les territoires Interprétations variables des directives nationales Possible rupture d’égalité entre administrés
La deconcentration
La deconcentration

III. La décentralisation

Qu’est-ce que la décentralisation ?

La décentralisation consiste à transférer des attributions (ou compétences) exercées par l’État à des collectivités publiques (« collectivités territoriales » ou « autorités locales »), titulaires de la personnalité juridique, chargées de les exercer de façon autonome.

En d’autres termes, la décentralisation se caractérise par un transfert d’attributions de l’État (« autorité centrale ») à des organes qui bénéficient de leur propre personnalité morale (qui sont ainsi juridiquement distincts de l’autorité centrale). La décentralisation implique ainsi la création d’une multiplicité de personnes morales. Cette personnalité juridique permet notamment à l’institution décentralisée de bénéficier d’un patrimoine propre, d’employer des agents à son service, de bénéficier d’un budget et d’engager des actions en justice.

C’est la raison pour laquelle la décentralisation constitue un aménagement externe de la centralisation en ce qu’elle implique le transfert d’attributions exercées par l’État à des collectivités publiques territoriales bénéficiant de la personnalité juridique. On parle d’affaires locales pour désigner celles faisant l’objet du transfert d’attributions.

Le transfert d’attributions est opéré par l’État au bénéfice d’une personne administrative politiquement inférieure qui peut être :

  • une collectivité territoriale (dans le cadre de la décentralisation territoriale).
  • un établissement public ou un groupement d’intérêt public (dans la décentralisation fonctionnelle).

La décentralisation territoriale est une exigence constitutionnelle (Const., art. 1 et 72 à 75).

💡Exemple

L’organisation des transports régionaux est une attribution « décentralisée » confiée aux régions. La gestion du revenu de solidarité active (RSA) est une attribution confiée aux départements.

Quels sont les différents types de décentralisation ?

Il existe deux formes différentes de décentralisation.

La décentralisation territoriale concerne le transfert de compétences administratives de l’État vers des collectivités territoriales (communes, départements, régions). Ces collectivités disposent de la personnalité morale et d’une autonomie juridique et financière, avec des conseils élus qui prennent des décisions dans l’intérêt de leur territoire. Cette décentralisation territoriale est prévue par la Constitution de 1958 : « les collectivités territoriales s’administrent […] dans les conditions prévues par la loi » (Const., art. 72).

La décentralisation territoriale profitait traditionnellement de la clause générale de compétence, mais celle-ci a connu une évolution majeure. Supprimée pour les départements et régions par la loi n° 2010-1563 du 16 décembre 2010, rétablie par la loi n° 2014-58 du 27 janvier 2014, puis de nouveau supprimée par la loi n° 2015-991 du 7 août 2015 (loi NOTRe), elle ne subsiste aujourd’hui que pour les communes. Les départements et régions n’exercent désormais que des compétences spécialisées attribuées par la loi. Ainsi, désormais :

  • Les communes peuvent toujours intervenir dans tout domaine présentant un intérêt public local (clause générale de compétence maintenue).
  • Les départements et régions ne peuvent agir que dans les domaines de compétences que la loi leur attribue explicitement (compétences d’attribution).

La décentralisation technique (ou « décentralisation fonctionnelle ») consiste à confier certaines missions spécialisées à des établissements publics autonomes. Ces établissements sont créés pour gérer un service public particulier avec une expertise spécifique. Ces institutions spécialisées bénéficient de la personnalité morale et gèrent des services publics spécifiques (par exemple, les hôpitaux, les lycées, les universités).

Dans la décentralisation technique, les établissements publics sont régis par le principe de spécialité. Ainsi, ils ne peuvent agir que dans le cadre strict des missions qui leur ont été confiées par les textes qui les ont créés. Cette différence reflète la nature même de ces deux formes de décentralisation, car si la décentralisation territoriale vise à donner aux élus locaux la liberté d’agir pour répondre aux besoins variés et évolutifs de leur territoire, la décentralisation technique cherche à assurer une gestion efficace et experte d’un service public spécifique, ce qui nécessite un cadre d’action bien défini.

La principale différence entre ces deux formes de décentralisation réside donc dans leur logique : la décentralisation territoriale répond à une logique géographique et politique (rapprocher la décision du citoyen sur un territoire donné), tandis que la décentralisation technique suit une logique fonctionnelle et d’expertise (confier une mission spécifique à un organisme spécialisé). Dans le premier cas, les décideurs sont des élus locaux ; dans le second, ce sont des techniciens et experts du domaine concerné.

Tableau récapitulatif des différences entre décentralisation territoriale et fonctionnelle :

Caractéristiques Décentralisation Territoriale Décentralisation Technique
Nature Transfert de compétences vers les collectivités territoriales Transfert de missions spécifiques vers des établissements publics
Bénéficiaires Communes, départements, régions Établissements publics spécialisés (hôpitaux, universités, etc.)
Compétences Communes : clause générale de compétence
Départements et régions : compétences d’attribution
Principe de spécialité strict
Logique Géographique et politique Fonctionnelle et expertise
Décideurs Élus locaux Techniciens et experts
Objectif Rapprocher la décision du citoyen Assurer une gestion experte de services publics spécifiques

Quels sont les organes de la décentralisation ?

Les organes de l’administration décentralisée sont les collectivités territoriales. Il s’agit des communes, des départements, des régions, des collectivités à statut particulier et des collectivités d’outre-mer régis par l’article 74 de la Constitution.

En effet, l’article 72 de la Constitution prévoit : « Les collectivités territoriales de la République sont les communes, les départements, les régions, les collectivités à statut particulier et les collectivités d’outre-mer régies par l’article 74. Toute autre collectivité territoriale est créée par la loi, le cas échéant en lieu et place d’une ou de plusieurs collectivités mentionnées au présent alinéa ».

Quelles sont les caractéristiques de la décentralisation ?

1. L’autonomie des collectivités territoriales

Les collectivités territoriales sont autonomes en vertu du principe de libre administration des collectivités territoriales prévu par la Constitution (Const., art. 72, al. 3 : « les collectivités territoriales s’administrent librement »).

Ce principe de libre administration, ayant valeur constitutionnelle, implique une véritable autonomie des collectivités territoriales. Cette autonomie est triple :

  • 1. Une autonomie juridique. Les collectivités territoriales bénéficient de la personnalité juridique. Elles bénéficient et d’un budget propre (autonomie financière), leurs ressources devant être suffisantes (Cons. const., 29 déc. 2005, n° 2005-530 DC, Loi de finances pour 2006). Cette autonomie financière doit notamment se traduire par la capacité autonome de recruter et de gérer leur personnel (Cons. const., 20 janv. 1984, n° 83-168 DC, Fonction publique territoriale).
  • 2. Une autonomie organique. Elles sont gérées par des organes propres, élus et indépendants, qui ne relèvent pas du pouvoir hiérarchique de l’autorité centrale. Le principe de l’élection constitue une garantie de l’indépendance organique.
  • 3. Une autonomie fonctionnelle. Elles bénéficient d’un pouvoir de décision propre, indépendant de l’autorité centrale, dans le respect de la Constitution, des lois et des règlements qui les définissent.

2. L’absence d’indépendance des collectivités territoriales : le contrôle de collectivités territoriales

Les collectivités territoriales sont certes autonomes, mais ne sont pas indépendantes.

D’un côté, les actes des collectivités décentralisées doivent faire l’objet d’un contrôle en raison du principe d’invisibilité de la République (Const., art. 1er) qui implique que la loi et les décrets nationaux, édictés par les autorités centrales (le Parlement ou le pouvoir exécutif) sont respectés par les autorités publiques locales. Dans ce cadre, l’article 72 alinéa 6 de la Constitution prévoit que « dans les collectivités territoriales de la République, le représentant de l’État, représentant de chacun des membres du Gouvernement, a la charge des intérêts nationaux, du contrôle administratif et du respect des lois ».

De l’autre côté, le contrôle mis en place doit respecter le principe de libre administration des collectivités (Const. art. 72 al. 3), qui a également valeur constitutionnelle. Il ne peut donc s’agir d’un contrôle identique au contrôle hiérarchique exercé dans le cadre de la déconcentration.

Quel est le type de contrôle mis en place ?

Le contrôle exercé par l’État sur les collectivités territoriales (décentralisation territoriale) et sur les établissements publics nationaux (décentralisation fonctionnelle) ou par les collectivités territoriales elles-mêmes sur leurs établissements publics locaux est dénommé « contrôle administratif ».

On parlait, avant les lois « Deferre » de 1982 qui ont supprimé le contrôle a priori qu’exerçaient les autorités de l’État sur les actes des collectivités locales, de « contrôle de tutelle ».

Désormais, dans le système actuel, les actes des collectivités territoriales et de leurs établissements publics deviennent automatiquement exécutoires dès l’accomplissement de deux formalités essentielles :

  • leur publication ou notification d’une part,
  • et leur transmission au représentant de l’État d’autre part. Tous les actes ne sont pas soumis à l’obligation de transmission. Le Code général des collectivités territoriales en dresse une liste précise aux articles L. 2131-1 et suivants. Cette liste a d’ailleurs été allégée par l’ordonnance du 17 novembre 2009, qui a notamment exclu de nombreux actes relatifs à la gestion des ressources humaines.

Cette transmission doit intervenir dans un délai précis : deux mois en règle générale, mais seulement quinze jours pour les actes relatifs à l’urbanisme.

Le préfet dispose alors d’un pouvoir discrétionnaire pour contrôler la légalité de ces actes, comme l’a confirmé le Conseil d’État dans sa décision Brasseur du 25 février 1991. S’il estime qu’un acte est illégal, il peut le déférer au tribunal administratif. Cette procédure du déféré préfectoral constitue depuis 1982 l’instrument principal du contrôle administratif.

La jurisprudence a progressivement précisé les modalités de ce contrôle. Ainsi, selon l’arrêt Commune de Saint-Paul-Trois-Châteaux du 6 juillet 2007, le délai du déféré préfectoral commence à courir uniquement à partir de la réception effective de l’acte en préfecture. Par ailleurs, le Conseil d’État a jugé dans l’arrêt Commune de Saint-Florent du 6 octobre 2000 que le préfet engage la responsabilité de l’État s’il néglige de déférer des actes manifestement illégaux aux conséquences financières graves.

La decentralisation administrative
La decentralisation administrative

Quels sont les avantages et inconvénients de la décentralisation ?

La décentralisation présente des avantages et des inconvénients.

Les avantages de la décentralisation

D’un point de vue démocratique, la décentralisation rapproche la prise de décision des citoyens. Elle permet une meilleure prise en compte des besoins locaux, car les élus locaux, étant plus proches du terrain, sont mieux à même d’identifier et de répondre aux attentes spécifiques de leur territoire. Cette proximité favorise également une plus grande participation des citoyens à la vie publique et renforce ainsi la démocratie locale.

Sur le plan de l’efficacité administrative, le transfert de compétences aux collectivités territoriales permet une gestion plus rapide et plus adaptée des services publics. Les procédures administratives sont généralement plus souples et plus rapides au niveau local qu’au niveau central. Les collectivités peuvent expérimenter des solutions innovantes adaptées à leur contexte particulier, créant ainsi une forme d’émulation entre territoires.

Sur le plan économique, la décentralisation peut stimuler le développement économique local en favorisant l’initiative. Les collectivités territoriales, connaissant mieux leur tissu économique, peuvent mettre en place des politiques de développement plus ciblées et plus efficaces. Elles peuvent également être plus réactives face aux opportunités ou aux difficultés économiques de leur territoire.

Les inconvénients de la décentralisation

Du point de vue de l’égalité territoriale, la décentralisation peut accentuer les inégalités entre territoires. Les collectivités ne disposant pas toutes des mêmes ressources financières et humaines, certaines peuvent offrir de meilleurs services que d’autres. Cette situation peut créer des disparités importantes dans l’accès aux services publics selon les régions.

Sur le plan financier, la multiplicité des niveaux de collectivités territoriales peut entraîner des surcoûts liés à la superposition des administrations. Le transfert de compétences n’est pas toujours accompagné des ressources financières correspondantes, ce qui peut mettre certaines collectivités en difficulté. La décentralisation peut aussi conduire à une augmentation de la fiscalité locale pour financer les nouvelles compétences.

Concernant la cohérence des politiques publiques, la répartition des compétences entre différents niveaux de collectivités peut créer des difficultés de coordination et une certaine confusion pour les citoyens. Le risque de chevauchement des compétences existe, pouvant entraîner des conflits entre collectivités ou des situations de blocage.

Sur le plan de la responsabilité, la multiplication des centres de décision peut diluer les responsabilités et rendre plus complexe l’identification des autorités compétentes pour les citoyens. Cette complexité peut également nuire à l’efficacité du contrôle démocratique.

Tableau récapitulatif des avantages et inconvénients de la décentralisation

Avantages Inconvénients
Démocratie locale : Rapprochement entre citoyens et décideurs, meilleure participation à la vie publique Inégalités territoriales : Disparités de ressources entre collectivités, différences de qualité des services publics
Gestion adaptée : Réponses plus rapides et mieux ciblées aux besoins locaux Complexité administrative : Multiplication des niveaux de décision, risque de chevauchement des compétences
Innovation locale : Expérimentation de solutions nouvelles, émulation entre territoires Coûts financiers : Charges supplémentaires, risque d’augmentation de la fiscalité locale
Développement économique : Politiques adaptées au tissu économique local Dilution des responsabilités : Difficulté d’identifier les autorités compétentes

IV. Différences, similitudes et complémentarité entre la déconcentration et la décentralisation

Différences entre la déconcentration et la décentralisation

Les différences entre la déconcentration et la décentralisation sont nombreuses.

D’abord, s’agissant de la nature juridique et du statut des autorités, la déconcentration représente une organisation interne de l’État, où le pouvoir de décision est délégué à des agents qui restent hiérarchiquement soumis au pouvoir central. Par exemple, le préfet est un agent de l’État qui exerce son autorité au niveau local, mais reste subordonné au gouvernement.

En revanche, la décentralisation implique un véritable transfert de compétences à des personnes morales distinctes de l’État. Les collectivités territoriales (communes, départements, régions) disposent d’une personnalité juridique propre et d’une autonomie de décision. Leurs dirigeants sont élus et non nommés.

Ensuite, s’agissant du mode de désignation, dans un système déconcentré, les autorités sont nommées par le pouvoir central. Le préfet, par exemple, est nommé en Conseil des ministres. Ces agents tirent leur légitimité de leur nomination par l’État et agissent en son nom.

Toutefois, dans le cadre de la décentralisation, les autorités sont élues au suffrage universel direct. Les maires, conseillers départementaux et régionaux tirent leur légitimité directement des citoyens. Cette élection leur confère une indépendance politique vis-à-vis du pouvoir central.

Par ailleurs, s’agissant de la nature du contrôle exercé, le pouvoir déconcentré est soumis à un contrôle hiérarchique strict. Le supérieur hiérarchique peut annuler ou modifier les décisions de son subordonné, donner des ordres et des instructions.

Pour les autorités décentralisées, il existe uniquement un contrôle de légalité a posteriori, exercé par le préfet. Ce dernier ne peut pas juger de l’opportunité des décisions prises, mais uniquement de leur conformité à la loi. S’il estime qu’un acte est illégal, il doit saisir le tribunal administratif (déféré préfectoral).

En outre, s’agissant de l’autonomie décisionnelle et financière, les autorités déconcentrées n’ont pas d’autonomie réelle : elles appliquent les décisions du pouvoir central et disposent simplement d’une marge d’appréciation dans leur mise en œuvre. Leur budget fait partie du budget de l’État.

Les collectivités décentralisées bénéficient du principe de libre administration. Elles disposent d’un budget propre, de ressources fiscales et peuvent prendre des décisions dans leur domaine de compétence sans en référer à l’État. Cette autonomie est garantie par la Constitution.

S’agissant de la répartition des compétences, dans la déconcentration, il n’y a pas de véritable répartition des compétences puisque l’autorité déconcentrée exerce localement les compétences de l’État. Elle peut théoriquement intervenir dans tous les domaines relevant de l’État.

La décentralisation repose sur une répartition précise des compétences entre l’État et les collectivités territoriales. Chaque niveau de collectivité dispose de compétences propres définies par la loi, créant ainsi des blocs de compétences distinctes.

Enfin, s’agissant des objectifs et des finalités de ces deux systèmes, la déconcentration vise à améliorer l’efficacité de l’action administrative en rapprochant les services de l’État des administrés. Elle permet une meilleure prise en compte des réalités locales dans l’application des politiques nationales.

La décentralisation poursuit un objectif plus ambitieux de démocratie locale. Elle permet aux citoyens de participer directement à la gestion des affaires locales à travers leurs élus et favorise l’adaptation des politiques publiques aux spécificités territoriales.

Similitudes / points communs et complémentarité entre la déconcentration et la décentralisation

Malgré cette opposition théorique, la déconcentration et la décentralisation ont des points communs.

Les deux processus partagent un objectif commun : le rapprochement de l’administration des citoyens. Qu’il s’agisse des services déconcentrés de l’État ou des collectivités décentralisées, ces deux systèmes visent à rendre l’action publique plus efficace et plus proche des réalités du terrain.

Par ailleurs, ces deux modes d’organisation administrative s’inscrivent dans une logique territoriale. Ils définissent des circonscriptions administratives (pour la déconcentration) ou des collectivités territoriales (pour la décentralisation) qui permettent d’organiser l’action publique à différentes échelles du territoire.

Ensuite, la décentralisation et la déconcentration sont des systèmes complémentaires. Cette complémentarité se manifeste de plusieurs manières :

D’abord, en pratique, la décentralisation a besoin de la déconcentration. Elle permet aux élus locaux (décentralisation) de s’adresser à un représentant de l’État (déconcentration) au niveau local, capable d’engager l’État sans devoir systématiquement référer à l’échelon central. La loi d’orientation du 6 février 1992 relative à « l’Administration territoriale de la République » souligne que « la décentralisation requiert une déconcentration parallèle des services de l’État ».

Ensuite, ces deux systèmes sont placés sur un pied d’égalité s’agissant de l’administration territoriale. La loi précise que « l’Administration territoriale de la République est assurée par les collectivités territoriales et par les services déconcentrés de l’État ». Cette formulation souligne leur complémentarité institutionnelle.

En outre, de nombreuses politiques publiques exigent la collaboration entre le préfet (représentant de l’État déconcentré) et les collectivités territoriales. Par exemple, s’agissant des contrats en matière d’aménagement du territoire (contrats de plan, contrats de ville, contrats d’agglomération). Il existe donc une complémentarité opérationnelle.

Enfin, historiquement, les politiques de décentralisation se sont toujours accompagnées de mesures de déconcentration. Par exemple, la grande vague de décentralisation de 1982 s’est accompagnée d’une politique de déconcentration (décret du 10 mai 1982), montrant ainsi l’interdépendance des deux processus.

V. La déconcentration et la décentralisation en France

La France : un État historiquement centralisé

Historiquement, la France est un État avec une forte tradition centralisatrice. La centralisation du pouvoir a commencé sous l’Ancien Régime, Louis XIII et Richelieu ayant initié très difficilement un tel mouvement afin de combattre notamment les féodalités qui diminuaient l’autorité de l’État, mais également en raison de l’existence des différences culturelles importantes entre les différentes régions du territoire français. Selon Mirabeau, la France d’avant 1789 n’était qu’un « agrégat constitué de peuples désunis ». Selon Voltaire, en traversant la France, on changeait « plus souvent de lois que de cheval ».

À la Révolution française, la centralisation s’est renforcée, les révolutionnaires ayant associé ce système au principe d’égalité : une organisation centralisée du pouvoir permettait, selon cette logique, de soumettre chaque citoyen à des règles identiques provenant de l’autorité centrale.

Au cours du Consulat et de l’Empire, cette tradition centralisatrice sera davantage renforcée. La loi du 28 Pluviôse An VIII instaure les préfets, les sous-préfets et les maires restant entièrement soumis au pouvoir de l’autorité centrale.

Au XIXe siècle, la France maintient une forte centralisation héritée de la Révolution et de l’Empire, malgré les changements de régime. Ce n’est qu’après la Première Guerre mondiale que cette centralisation commence à s’assouplir, d’abord avec la création de régions économiques en 1919, puis sous De Gaulle avec les régions de programme en 1955-1956. Le mouvement vers la décentralisation se concrétise finalement dans les années 1970, notamment avec la loi de 1972 qui fait des régions des établissements publics dotés d’un budget propre et d’un conseil régional.

Finalement, en France, la décentralisation s’est faite en plusieurs phases à compter de 1982 :

Acte I de la décentralisation (1982-1986)

L’arrivée de François Mitterrand à la présidence en 1981 marque un tournant décisif dans l’histoire de la décentralisation française. Gaston Defferre, alors ministre de l’Intérieur et maire de Marseille, initie une réforme majeure qui devient la première loi soumise au nouveau Parlement. La loi du 2 mars 1982 relative aux droits et libertés des communes, des départements et des régions, pierre angulaire de cette réforme, transforme profondément l’organisation territoriale française (« loi Deferre »).

Elle opère plusieurs changements fondamentaux dont notamment :

  • Le président du conseil général devient l’exécutif du département à la place du préfet ;
  • Le contrôle administratif préalable est remplacé par un contrôle juridictionnel a posteriori. La loi supprime la tutelle administrative et financière des préfets sur les collectivités territoriales.
  • Les régions sont élevées au rang de collectivités territoriales de plein droit avec un conseil élu au suffrage universel.

Pour garantir ce nouveau contrôle, la loi crée les Chambres régionales des comptes, qui assistent les préfets dans leur mission de contrôle budgétaire.

Cette réforme initiale s’enrichit ensuite de nombreux textes entre 1982 et 1986, formant ce qu’on appellera « l’Acte I de la décentralisation » : 25 lois et environ 200 décrets précisent notamment la nouvelle répartition des compétences entre l’État et les différents échelons territoriaux.

Ce mouvement se poursuit dans les années 1990 et 2000 avec plusieurs lois importantes qui renforcent la coopération intercommunale et la démocratie locale, comme la loi Chevènement de 1999, et développent l’aménagement du territoire avec les lois Voynet et SRU.

Acte II de la décentralisation (2003-2004)

La révision constitutionnelle de mai 2003 marque une étape fondamentale dans l’histoire de la décentralisation française en inscrivant à l’article 1er de la Constitution que « l’organisation de la République décentralisée ». Cette modification élève la décentralisation territoriale au rang d’exigence constitutionnelle, renforçant ainsi considérablement son importance dans l’organisation administrative du pays.

Cette réforme constitutionnelle introduit quatre principes majeurs qui modernisent profondément l’organisation territoriale :

  • Le principe de subsidiarité (Const., art. 72) établit que les collectivités territoriales ont vocation à exercer l’ensemble des compétences qui peuvent le mieux être mises en œuvre à leur niveau. Autrement dit, la responsabilité d’une action publique doit être confiée à la plus petite entité capable de résoudre le problème par elle-même.
  • Le droit à l’expérimentation (Const., art. 37-1 et 72) permet aux collectivités territoriales de déroger, à titre expérimental et pour un objet et une durée limités, aux dispositions législatives ou réglementaires qui régissent l’exercice de leurs compétences. Cette innovation ouvre la voie à une décentralisation plus souple et adaptée aux réalités locales.
  • Le référendum décisionnel (Const., art. 72-1) donne la possibilité aux collectivités territoriales de soumettre directement à leurs électeurs les projets de délibération ou d’acte relevant de leurs compétences. Cette avancée démocratique rapproche les citoyens des décisions qui les concernent directement.
  • L’autonomie financière (Const., art. 72-2) garantit aux collectivités territoriales la libre disposition de leurs ressources et leur assure un niveau de ressources propres suffisant pour exercer leurs compétences. Ce principe est essentiel pour une véritable autonomie de gestion.

Acte III de la décentralisation (2014-2015)

Une nouvelle phase de décentralisation vise à moderniser l’action publique : La loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (loi « Mapam » 2015) crée par exemple un nouveau statut pour les métropoles avec pour objectif de permettre aux agglomérations de plus de 400 000 habitants d’exercer pleinement leur rôle en matière de développement économique, d’innovation, de transition énergétique et de politique de la ville. À cette occasion, sont créées trois métropoles à statuts particuliers : le Grand Paris et les métropoles Marseille-Aix-en- Provence et Lyon.

La loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République (loi NOTre) renforce notamment les compétences des régions et des communautés de communes et des communautés d’agglomération.

Acte IV de la décentralisation (2021-2022) : La loi 3DS et l’approfondissement de la décentralisation

La loi du 21 février 2022, dite loi 3DS (Différenciation, Décentralisation, Déconcentration et Simplification), marque une nouvelle étape significative dans l’évolution de l’organisation territoriale française. Cette réforme s’articule autour de quatre axes majeurs qui modernisent profondément la gestion territoriale.

Premièrement, elle introduit le principe novateur de différenciation territoriale. Ce principe permet d’adapter les compétences des collectivités à leurs spécificités locales, reconnaissant ainsi que toutes les collectivités d’une même catégorie ne font pas nécessairement face aux mêmes enjeux et n’ont pas besoin des mêmes outils pour y répondre.

Deuxièmement, la loi renforce considérablement les prérogatives des collectivités locales dans plusieurs domaines stratégiques. Elle leur accorde notamment de nouvelles compétences en matière de transports, élargissant leur capacité d’action dans la gestion de la mobilité locale. Elle renforce également leur rôle dans les politiques du logement et leur confie des responsabilités accrues dans la transition écologique, reconnaissant leur position privilégiée pour mettre en œuvre ces transformations au niveau local.

Troisièmement, le texte consolide l’action des services territoriaux de l’État. Il améliore leur capacité à accompagner les collectivités territoriales dans leurs projets, créant ainsi une véritable synergie entre les échelons locaux et nationaux. Cette évolution traduit une volonté de déconcentration accrue, rapprochant les centres de décision des réalités du terrain.

Enfin, la loi apporte une simplification substantielle du fonctionnement des institutions locales, facilitant ainsi la mise en œuvre des politiques publiques au niveau territorial et rendant l’action publique locale plus efficace et plus proche des citoyens.

La déconcentration en France

Nous avons déjà abordé les points principaux de la déconcentration en France ci-dessus.

En France, la déconcentration s’articule autour de trois échelons territoriaux principaux, chacun doté de représentants de l’État aux rôles bien définis. Au niveau régional et départemental, le préfet incarne l’autorité de l’État. Il exerce ses fonctions parallèlement aux autorités décentralisées que sont les présidents des conseils régionaux et départementaux. Cette dualité permet d’assurer à la fois la mise en œuvre des politiques nationales et la prise en compte des spécificités locales.

La commune présente une particularité intéressante : le maire y exerce une double fonction. En tant qu’agent de l’État, il remplit des missions déconcentrées, comme la publication des lois et règlements ou la tenue de l’état civil. Simultanément, en tant qu’exécutif élu de sa commune, il agit comme une autorité décentralisée gérant les affaires locales.

Les services déconcentrés de l’État, qui représentent aujourd’hui 96% des agents de l’État et gèrent plus des deux tiers du budget national.

VI. Bonus : sujets d’examens sur la déconcentration et la décentralisation

Le thème de la décentralisation et de la déconcentration est étudié en droit administratif et en droit constitutionnel. Voici des exemples de sujets pouvant tomber en partiel.

Exemple en commentaire de texte (Droit constitutionnel)

Voici un commentaire de texte donné dans l’université de Toulouse.

Commentaire de l’article 1 de la Constitution de 1958

  • Matière : Droit constitutionnel (L1)
  • Année : 2018
  • Université : Université Toulouse I Capitole
  • Professeur : M. ESPLUGAS-LABATUT
  • Sujet : Commentez l’article 1er de la Constitution de 1958 : « La France est une République indivisible (…). Son organisation est décentralisée ».

Exemple en dissertation (Droit constitutionnel)

Voici une dissertation donnée dans l’université de Toulouse.

Dissertation sur « Décentralisation et déconcentration »

  • Matière : Droit constitutionnel (Capacité)
  • Année : 2012
  • Université : Université Toulouse I Capitole
  • Professeur : M. VIOLA
  • Sujet : Décentralisation et déconcentration
🌟À retenir

Pour obtenir la liste complète des annales de Droit constitutionnel, consultez cet article en cliquant ici.

Exemple en cas pratique (Droit administratif / Droit constitutionnel)

En cas pratique, il est fréquent, notamment en droit administratif, d’être interrogé sur les pouvoirs du maire. En effet, le statut du maire illustre l’imbrication possible de la déconcentration et de la décentralisation, ce qui explique que ce sujet soit fréquemment donné.

Dans ce cas, vous devez commencer par déterminer si le maire agit en tant qu’autorité décentralisée ou en tant qu’autorité déconcentrée. Cette analyse préalable vous permet de déterminer le régime juridique applicable aux pouvoirs du maire.

En effet, si le maire agit avec sa casquette d’autorité déconcentrée, il est soumis au pouvoir hiérarchique du préfet et engage la responsabilité de la puissance publique. S’il agit au contraire avec sa casquette d’autorité décentralisée, il agit au nom et pour le compte de la commune et engage la responsabilité de cette dernière (sauf exception en cas de faute personnelle détachable). Par ailleurs, dans ce dernier cas, le préfet exerce un simple contrôle de légalité comme nous l’avons expliqué ci-dessus. Il existe toutefois une exception importante : le préfet peut se substituer au maire en cas de carence de celui-ci dans l’exercice de ses pouvoirs de police (CGCT, art. L.2215-2). Dans ce cas, il engage la responsabilité de l’État en cas de faute lourde (CE, 25 juill. 2007, n° 283000, Société France Télécom).

Synthèse et vidéo sur la déconcentration et la décentralisation

La déconcentration et la décentralisation sont deux modes d’organisation administrative qui permettent d’éviter une centralisation excessive du pouvoir.

La déconcentration consiste à déléguer des pouvoirs à des agents de l’État (comme les préfets) qui restent sous autorité hiérarchique.

La décentralisation transfère des compétences à des collectivités territoriales (communes, départements, régions) qui disposent d’une autonomie et d’une personnalité juridique propre.

En France, historiquement très centralisée, la décentralisation s’est faite en plusieurs étapes depuis 1982 (Actes I, II, III et IV) avec notamment les lois Defferre, la réforme constitutionnelle de 2003 instaurant la « République décentralisée », et plus récemment la loi 3DS de 2022. Les deux systèmes sont complémentaires : la décentralisation permet une gestion locale autonome tandis que la déconcentration assure la présence de l’État sur tout le territoire. La différence principale réside dans le contrôle : hiérarchique pour la déconcentration, simple contrôle de légalité pour la décentralisation.

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