Le Bréviaire d’Alaric (loi romaine des Wisigoths)

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Le Bréviaire d’Alaric ou « loi romaine des Wisigoths » est un recueil de textes de droit romain provenant en majeure partie du Code théodosien, promulgué par le roi wisigoth Alaric II en 506 pour ses sujets gallo-romains.
Alaric II, roi des Wisigoths, promulgue la « loi romaine des Wisigoths » (« Lex Romana Visigothorum ») ou Bréviaire d’Alaric, à Aire-sur-l’Adour. Il s’agit d’un recueil de textes provenant en majorité du Code théodosien, mais également d’autres textes romains (comme les constitutions impériales postérieures, de Théodose II à Sévère, un résumé des Institutes de Gaius et des extraits des Sentences de Paul).
Il ne s’agit ni d’une rédaction ni d’une véritable compilation, mais davantage d’une accumulation, ou juxtaposition, de textes romains déjà connus et publiés. C’est un recueil hétérogène et disparate (1). Ce n’est qu’à partir du XVIe siècle qu’on utilisera l’expression de « Bréviaire d’Alaric » (2).
Le terme de « bréviaire » est utilisé, car il s’agit d’un « abrégé » de droit romain.
Pour la rédaction de ce recueil, Alaric II a chargé une commission composée de jurisconsultes gallo-romains dénommés « prudentes » de sélectionner et de compiler les lois romaines, les constitutions impériales et la jurisprudence. Ce recueil a ensuite été discuté puis approuvé par une assemblée de notables gallo-romains et d’évêques.
Alaric II est roi des Wisigoths. Il a succédé à son père Euric mort en 484 et règne sur une partie de la Gaule, de la Loire aux Pyrénées, et sur une grande partie de l’Espagne.
Deux raisons permettent d’expliquer la volonté du roi Alaric II de promulguer cette « loi romaine des Wisigoths ».
La première raison, officielle, était de « faire disparaître toute obscurité dans les lois romaines et dans le droit » et de « corriger ce qui pourrait sembler injuste dans les lois » (éd. Mommsen, 1905, I, 1, 33-34). À cette époque, plusieurs peuples coexistent dans le royaume wisigoth. Le régime juridique est celui de la personnalité des lois selon lequel chaque ethnie est jugée selon le droit applicable à son peuple. Dans ce contexte, les Gallo-Romains sont soumis à leurs propres lois et les peuples « barbares », aux leurs.
Plus tard, à l’époque carolingienne, le juge pouvait poser une question à chaque plaideur : Sous quelle loi vis-tu ? La réponse permettait de déterminer le droit applicable.
La deuxième raison, officieuse, serait une raison politique. Selon certains historiens, Alaric II aurait cherché l’adhésion des populations gallo-romaines, sensibles à l’ascension de Clovis, dans un contexte de tensions entre les Wisigoths et les Francs. L’idée était de se rapprocher des populations pouvant se réclamer du droit romain. Après de nombreuses invasions par les peuples « barbares », l’Empire romain d’Occident s’est finalement effondré en 476. Odoacre, général barbare, a déposé le dernier empereur romain d’Occident. Lorsque l’Empire d’Occident s’effondre, il est scindé en plusieurs royaumes barbares indépendants. Au nord de la Gaule figure le royaume des Francs, au sud-est, le royaume des Burgondes, au sud-ouest, le royaume des Wisigoths, qui comprend également une grande partie de l’Espagne. Au centre, de la Somme à la Loire, Syagrius, général romain, conserve une province romaine autonome.
Dans ce contexte, Clovis va progressivement étendre son autorité sur la Gaule. Il bat d’abord l’armée romaine de Syagrius en 486 à la bataille de Soissons, puis les Alamans à Tolbiac (bataille traditionnellement datée de 496). Il poursuit sa volonté de conquérir de nouveaux territoires en s’opposant aux Wisigoths, peuple d’origine germanique qui règne sur un territoire comprenant l’Aquitaine et l’Espagne, dont le roi est Alaric II.
Les Wisigoths adhéraient à une doctrine religieuse dénommée l’arianisme, considéré comme hérétique par l’Église catholique. Il s’agissait d’une variante du christianisme qui consistait à refuser de reconnaître que le Christ est de même nature que le Père et donc le dogme de la Sainte Trinité (selon lequel le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont un seul et même Dieu en trois personnes). Cette doctrine de l’arianisme était rejetée par la majorité des populations gallo-romaines.
Or, à cette époque, les Gallo-Romains (population autochtone de l’ex-Gaule romaine) étaient largement majoritaires en Gaule : plusieurs millions de personnes, contre quelques centaines de milliers pour les Germains (Francs, Burgondes, Wisigoths). Dans ce contexte, obtenir l’adhésion des Gallo-Romains se révélait nécessaire pour Alaric II (2).
Alaric II, craignant la menace que constituait Clovis, aurait donc simplement tenté de se réconcilier avec ses sujets gallo-romains et, particulièrement, avec les élites gallo-romaines à savoir les nobles et le haut clergé catholique. Il s’agirait ainsi d’une opération de séduction politique.
Le Bréviaire d’Alaric est une juxtaposition de plusieurs textes de droit romain. On y trouve notamment les textes suivants :
Les textes sont accompagnés d’un commentaire officiel (interpretatio), à l’exception du résumé des Institutes de Gaius.
Que sont les « lois romaines des Barbares » ?
L’appellation « lois romaines des Barbares » fait référence, pour les historiens, à la promulgation par certains souverains du VIe siècle de compilations de textes de droit romain prenant la forme d’epitomai (c’est-à-dire de résumés) à l’intention des sujets de leurs royaumes pouvant se réclamer du droit romain (comme les Gallo-Romains) à une époque « où la distinction entre des populations barbares et romaines est encore présente dans les sources » (3).
Parmi ces « lois romaines des Barbares » figurent notamment la Loi romaine des Burgondes et le Bréviaire d’Alaric.
Clovis, s’assurant, grâce à sa conversion au catholicisme, le soutien de la majorité des populations méridionales et des évêques, remportera la bataille de Vouillé en 507 au cours de laquelle, un an après la promulgation du bréviaire, Alaric II meurt.
« Les Barbares déjà établis en Gaule, s’étant convertis, étaient tout de suite devenus ariens. Lorsque les Francs parurent à leur tour, il y avait une place à prendre. La Gaule elle-même les appelait. Et l’Église comprit que ces nouveaux venus, ces païens, rivaux naturels des Burgondes et des Goths, pouvaient être attirés dans la vraie croyance. Ce fut le secret de la réussite de Clovis […] » (4).
Extrait de Histoire de France, J. BainvilleLes rois francs n’avaient pas rédigé de lois pour leurs sujets gallo-romains. Le Bréviaire d’Alaric continuera d’être appliqué aux Gallo-Romains du royaume franc.
Ainsi, jusqu’à la redécouverte des compilations de Justinien à la fin du XIe siècle, le Bréviaire d’Alaric a été la source commune du droit romain et la source principale de la connaissance du droit romain sous les Carolingiens.
Sources

C’est un recueil de droit romain promulgué en 506 par Alaric II, roi des Wisigoths, pour ses sujets gallo-romains. On l’appelle aussi « loi romaine des Wisigoths » (Lex Romana Visigothorum).
Surtout des extraits du Code théodosien et des Novelles postérieures, mais aussi un résumé des Institutes de Gaius, des extraits des Sentences de Paul, des Codes grégorien et hermogénien et un fragment des Responsa de Papinien. La plupart des textes sont accompagnés d’une interpretatio.
Officiellement, pour rendre le droit romain plus clair et corriger ce qui semblait injuste. Selon certains historiens, il cherchait aussi à gagner le soutien des Gallo-Romains face à la menace de Clovis.
Parce qu’il s’agit d’un abrégé de droit romain. L’expression « Bréviaire d’Alaric » n’est utilisée qu’à partir du XVIe siècle.
Oui. Alaric II meurt à Vouillé en 507, mais le Bréviaire reste appliqué aux Gallo-Romains. Jusqu’à la redécouverte des compilations de Justinien, il est la principale source de connaissance du droit romain en Gaule.
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