Salaire d’un procureur : combien gagne-t-il ?


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Un procureur gagne en moyenne 3 884 euros nets par mois en début de carrière et 8 480 euros en fin de carrière, comme tous les magistrats (ministère de la Justice, 2026). Mais au parquet, la fiche de paie a deux petits bonus : un supplément de prime de 1 800 euros par an, et des astreintes payées quand le téléphone sonne la nuit. Tout en haut, le poste de procureur de la République de Paris rapporte jusqu’à environ 11 250 euros bruts par mois.
Petit point de vocabulaire avant de commencer, parce que tout le monde mélange (et c’est normal). Le parquet, c’est l’ensemble des magistrats qui représentent la société et défendent l’intérêt général devant le tribunal : on les appelle aussi le « ministère public ». Le procureur de la République, c’est le chef du parquet d’un tribunal. Autour de lui travaillent des substituts, des vice-procureurs et parfois des procureurs adjoints. Dans le langage courant, on les appelle tous « procureurs ». Dans cet article, on vous donne le salaire de chacun.
Les salaires nets moyens viennent du ministère de la Justice (au 1er janvier 2026, primes forfaitaires comprises, avant l’impôt à la source). Pour les chefs de parquet, aucun salaire net n’est publié : on vous donne leur traitement brut (circulaire du 1er décembre 2025) et leur prime brute (arrêté du 12 août 2023). Les additions sont nos calculs.
Du substitut qui débute au procureur général près la Cour de cassation, voici ce que gagne chaque magistrat du parquet. Attention, la nature des chiffres change en cours de route : nets pour les premiers postes, bruts pour les chefs, parce que c’est ainsi que les sources officielles les publient.
| # | Poste | Ce qu’il gagne | Précision |
|---|---|---|---|
| 1 | Procureur général près la Cour de cassation | ≈ 12 000 € bruts par mois | traitement (7 857 €) + prime de 50 000 € par an |
| 2 | Procureur de la République de Paris (et des plus gros tribunaux) | jusqu’à ≈ 11 250 € bruts par mois | traitement + prime de 42 000 € par an, hors prime modulable |
| 3 | Procureur général près une cour d’appel | ≈ 9 100 à 11 400 € bruts par mois | traitement + prime de 38 000 à 44 000 € par an |
| 4 | Procureur de la République des autres tribunaux | ≈ 7 500 à 10 200 € bruts par mois | traitement + prime de 34 000 à 40 000 € par an |
| 5 | Avocat général, substitut général (cour d’appel) | grille commune + 1 500 à 1 800 € par an | en milieu ou fin de carrière |
| 6 | Vice-procureur, procureur adjoint | ≈ 5 083 € nets par mois après six ans + 1 800 € par an | 2e grade |
| 7 | Substitut du procureur | 3 884 € nets par mois au départ + 1 800 € par an | 1er grade, premier poste possible |
| 8 | Auditeur de justice (élève à l’ENM) | 1 956 € nets par mois minimum | pendant 31 mois de formation |
En une phrase : un procureur débute à 3 884 euros nets par mois comme tout magistrat et touche 1 800 euros par an de plus qu’un juge « généraliste ». S’il dirige l’un des plus grands parquets, il peut atteindre environ 11 250 euros bruts par mois.


Le procureur de la République est le chef du parquet d’un tribunal judiciaire. Il est au 3e grade, le plus haut de la carrière, et son salaire se compose de trois morceaux :
| Taille du tribunal | Exemples | Prime forfaitaire par an |
|---|---|---|
| Les plus grands tribunaux | Paris, Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, Toulouse, Bobigny, Nanterre, Créteil… | 42 000 € |
| Les parquets nationaux | Financier (PNF), antiterroriste (PNAT), anti-criminalité organisée | 42 000 € |
| Les grands tribunaux | Nice, Nantes, Strasbourg, Montpellier, Rennes, Grenoble… (43 tribunaux) | 40 000 € |
| Les tribunaux intermédiaires | Reims, Béziers, Beauvais, Cayenne, Mamoudzou | 38 000 € |
| Les tribunaux moyens | Pau, La Rochelle, Annecy, Bayonne, Quimper… (43 tribunaux) | 36 000 € |
| Les petits tribunaux | Ajaccio, Albi, Aurillac, Cahors, Guéret… | 34 000 € |
Le parquet de Paris est l’un des plus gros de France. Il est dirigé par Laure Beccuau. Comme les chefs des onze autres plus grands tribunaux, elle relève de la grille des « emplois supérieurs » du 3e grade (circulaire du 1er décembre 2025).
Tout en haut de cette grille, le poste rapporte un traitement de 7 753 euros bruts par mois et une prime forfaitaire de 42 000 euros par an, soit 3 500 euros par mois. Total : environ 11 250 euros bruts par mois, avant même la prime modulable. Le président du tribunal de Paris, son « voisin » du siège, touche exactement la même prime : l’arrêté les met sur la même ligne.


Laure Beccuau est la première femme nommée procureure de la République de Paris. Nommée en septembre 2021 et installée le 15 octobre 2021, elle a succédé à Rémy Heitz, devenu procureur général près la cour d’appel de Paris. Elle dirigeait auparavant le parquet de Créteil.
Prenons le procureur de la République de La Rochelle ou de Quimper. Sa prime forfaitaire est de 36 000 euros par an, soit 3 000 euros par mois. Avec un traitement de 4 677 à 6 917 euros selon son échelon, il gagne environ 7 700 à 9 900 euros bruts par mois, toujours hors prime modulable. Moins qu’à Paris, donc, mais pour un parquet plus petit… et des nuits un peu moins agitées.
Le substitut, c’est le premier poste du parquet, celui qu’un jeune magistrat peut choisir dès la sortie de l’École nationale de la magistrature (ENM). Comme tous les magistrats débutants, il gagne 3 884 euros nets par mois en moyenne (ministère de la Justice). Il touche en plus 1 800 euros bruts de prime par an parce qu’il travaille au parquet, soit 150 euros de plus par mois (arrêté du 12 août 2023, article 3). Ajoutez les astreintes, que l’on détaille juste après.
Après quelques années, il peut devenir vice-procureur ou procureur adjoint (2e grade). Il garde le même supplément de 1 800 euros, et sa grille continue de monter : environ 5 083 euros nets par mois après six ans de carrière, 8 480 euros en fin de carrière.
| Moment de la carrière | Salaire net par mois | En plus au parquet |
|---|---|---|
| Pendant la formation à l’ENM | 1 956 € minimum | |
| Premier poste (substitut) | 3 884 € | + 150 € bruts de prime + astreintes |
| Après six ans | 5 083 € | + 150 € bruts de prime + astreintes |
| Fin de carrière | 8 480 € | selon le poste |
C’est la grande différence avec la plupart des juges. Un parquet ne ferme jamais. Une garde à vue qui commence à 2 heures du matin, un accident mortel un dimanche, un mineur fugueur retrouvé dans la nuit : il faut un magistrat joignable pour décider tout de suite. C’est la permanence, et quand elle a lieu la nuit ou le week-end, le procureur est d’astreinte : il reste chez lui, téléphone allumé, prêt à décider ou à se déplacer.
| Ce qui est payé | La nuit | Le samedi, le dimanche ou un jour férié |
|---|---|---|
| Une période d’astreinte | 56 € | 50 € |
| Une intervention avec déplacement | 80 € | 40 € |
| Une intervention sans déplacement | 37 € | 20 € |
| Astreinte du chef (« astreinte hiérarchique ») | 25 € | 20 € |
| Plafond par mois | 1 176 € | 625 € |
Imaginons Léa, substitute dans un tribunal moyen. Ce mois-ci, elle est d’astreinte 6 nuits et un week-end. Pendant ces nuits, elle doit se déplacer 4 fois (une scène de crime, une garde à vue compliquée), et une fois un samedi après-midi. Voici ce que ça lui rapporte :


Le nombre d’astreintes dépend beaucoup du tribunal : dans un petit parquet, chaque magistrat revient vite de permanence ; dans un grand, les tours sont plus espacés mais les nuits plus chargées. Aucune source officielle ne publie de montant moyen.
À comparer avec les juges du siège : eux aussi peuvent être d’astreinte, aux mêmes tarifs, mais leurs plafonds sont plus bas, 784 euros la nuit et 500 euros le week-end par mois (article 14 du même arrêté). Signe que les nuits pèsent d’abord sur le parquet.
Au-dessus des procureurs de la République, il y a les parquets généraux, installés dans les cours d’appel. Le procureur général y dirige des avocats généraux et des substituts généraux, qui représentent le ministère public quand une affaire est rejugée en appel. (Oui, « avocat général » est un magistrat du parquet, pas un avocat : piège classique en TD !)
Réponse courte : le procureur, mais de peu. Juges et procureurs font partie du même corps, passent le même concours et suivent la même grille. Ce qui change, ce sont les suppléments :
| Juge « généraliste » | Substitut ou vice-procureur | |
|---|---|---|
| Salaire net au départ | 3 884 € | 3 884 € |
| Supplément de prime par an | 0 € (1 500 à 2 000 € pour certaines fonctions) | 1 800 € |
| Plafond d’astreintes par mois | 784 € la nuit, 500 € le week-end | 1 176 € la nuit, 625 € le week-end |
| Chef de juridiction | Président : 34 000 à 50 000 € de prime par an | Procureur : 34 000 à 50 000 € de prime par an |
Un juge d’instruction ou un juge des libertés touche d’ailleurs le même supplément de 1 800 euros qu’un substitut. Son salaire et sa carrière sont détaillés dans notre article sur le salaire d’un juge d’instruction. Le vrai écart, ce sont les nuits. Pour le détail côté siège, voyez notre article sur le salaire d’un juge, et pour la grille complète, celui sur le salaire d’un magistrat.
Et il y a une autre raison pour laquelle le parquet « coûte » plus cher en énergie : il est beaucoup moins nombreux. Au 2 janvier 2025, la France comptait 2 225 magistrats du parquet pour 6 521 juges du siège, soit 3 procureurs pour 100 000 habitants (réponse du ministère de la Justice à une question écrite, 2025). Ces parquets ont traité 4,2 millions d’affaires en 2024 (Références statistiques Justice 2025) : à peu près 1 900 affaires par magistrat du parquet, selon notre calcul. Ça fait beaucoup de dossiers par personne !
Siège ou parquet, juge ou procureur : si la différence vous paraît encore floue, notre fiche de révision animée vous la résume :
Dans les séries, le procureur arrive sur la scène de crime en trench-coat. Dans la vraie vie, il passe surtout beaucoup de temps au téléphone et devant des piles de procédures. Ses missions :
Petite curiosité au passage : on dit des procureurs qu’ils forment la « magistrature debout », parce qu’ils se lèvent pour prendre la parole à l’audience. Les juges, assis pour juger, sont la « magistrature assise ».
Tout ce que fait le procureur, vous l’apprenez en procédure pénale : l’enquête, la garde à vue, l’opportunité des poursuites, le procès. Et ce qu’il demande à l’audience, ce sont les peines que vous voyez en droit pénal général. Si ces deux cours vous passionnent, le parquet est peut-être fait pour vous.
Pour voir où le procureur intervient dans le procès pénal, de la plainte au jugement, notre introduction à la procédure pénale :
Le documentaire « Stups » d’Alice Odiot et Jean-Robert Viallet (sorti en salles le 1er octobre 2025, 1 h 26) a été tourné au tribunal de Marseille : comparutions immédiates, geôles du palais de justice et permanences du parquet. Rien de mieux pour voir le travail d’un substitut de l’intérieur.
Et si vous préférez la fiction, les procureurs ont une belle place dans nos séries d’avocats préférées.
C’est LA question qui revient en droit constitutionnel comme en procédure pénale. Et la réponse est… pas complètement. L’ordonnance de 1958 sur le statut des magistrats est claire : les magistrats du parquet sont « sous l’autorité du garde des sceaux, ministre de la justice » (ordonnance n° 58-1270, article 5). Ils sont donc dans une hiérarchie qui remonte jusqu’au ministre. Mais le même article ajoute qu’à l’audience, « leur parole est libre ».
Depuis la loi du 25 juillet 2013, le ministre leur adresse des instructions générales, mais « ne peut leur adresser aucune instruction dans des affaires individuelles » (article 30 du Code de procédure pénale).
Pourtant, pour la Cour européenne des droits de l’homme, ça ne suffit pas : dans l’arrêt Moulin c. France (23 novembre 2010), elle a jugé que les procureurs français ne sont pas assez indépendants de l’exécutif pour être un « juge ou autre magistrat habilité par la loi à exercer des fonctions judiciaires », au sens de l’article 5 de la Convention. Concrètement, une personne arrêtée doit être présentée rapidement à un vrai juge, pas seulement au procureur.
Le Conseil constitutionnel, lui, a validé ce lien hiérarchique en 2017 (décision n° 2017-680 QPC). Et la réforme qui devait renforcer les garanties de nomination des procureurs a été votée par l’Assemblée et le Sénat… sans jamais être soumise au Congrès. Un beau sujet de dissertation, non ?
Exactement comme on devient juge : il n’y a pas de concours « procureur ». On passe le concours de l’École nationale de la magistrature (ENM), ouvert dès bac+4. En 2025, 321 candidats ont été admis au premier concours sur 2 209 présents, soit environ un sur sept. Viennent ensuite 31 mois de formation payés, avec des stages au siège comme au parquet.
À la sortie, chaque auditeur choisit son premier poste selon son classement : juge des enfants à Lille, juge d’instruction à Lyon… ou substitut du procureur à Créteil. Et ce choix n’enferme personne : « tout magistrat a vocation à être nommé, au cours de sa carrière, à des fonctions du siège et du parquet » (ordonnance de 1958, article 1er). Un juge peut donc devenir procureur, et inversement.
Comme tous les magistrats, le futur procureur prête serment devant la cour d’appel lors de sa nomination à son premier poste, avant d’entrer en fonctions. Il jure : « Je jure de remplir mes fonctions avec indépendance, impartialité et humanité, de me comporter en tout comme un magistrat digne, intègre et loyal et de respecter le secret professionnel et celui des délibérations » (ordonnance de 1958, article 6). Pour les épreuves, la préparation et la grille complète, tout est dans notre article sur le salaire d’un magistrat.
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Un magistrat du parquet gagne en moyenne 3 884 euros nets par mois en début de carrière et 8 480 euros en fin de carrière (ministère de la Justice, 2026), plus 1 800 euros bruts de prime par an et des indemnités d’astreinte. Un procureur de la République, chef du parquet, touche un traitement de 4 677 à 7 753 euros bruts par mois et une prime de 34 000 à 42 000 euros par an.
Il dépend de la taille du tribunal : environ 7 700 à 9 900 euros bruts par mois dans un tribunal moyen, et jusqu’à environ 11 250 euros bruts par mois à Paris, hors prime modulable.
En moyenne 3 884 euros nets par mois en début de carrière, plus 1 800 euros bruts de prime par an et ses astreintes de nuit et de week-end.
56 euros par nuit et 50 euros par jour de week-end ou férié, plus 80 euros (nuit) ou 40 euros (jour) par intervention avec déplacement, dans la limite de 1 176 euros par mois la nuit et 625 euros le week-end (arrêté du 12 août 2023, article 15).
Le procureur, de peu : la grille est la même, mais il touche 1 800 euros de prime par an de plus qu’un juge généraliste et ses astreintes sont plafonnées plus haut. Les chefs (président et procureur) ont exactement la même prime.
Environ 12 000 euros bruts par mois : un traitement de 7 857 euros et une prime forfaitaire de 50 000 euros par an, plus une prime modulable.
Non. Juges et procureurs passent le même concours de l’École nationale de la magistrature. On choisit le parquet à la sortie de l’école, selon son classement, et on peut passer du siège au parquet au cours de sa carrière.
• Un magistrat du parquet gagne 3 884 euros nets par mois au départ et 8 480 euros en fin de carrière (ministère de la Justice, 2026).
• Le parquet ajoute 1 800 euros bruts de prime par an et des astreintes (56 euros la nuit, jusqu’à 1 176 euros par mois).
• Un procureur de la République touche 34 000 à 42 000 euros de prime par an selon son tribunal : jusqu’à environ 11 250 euros bruts par mois à Paris.
• Le sommet : le procureur général près la Cour de cassation, environ 12 000 euros bruts par mois.
• Même concours que les juges (ENM) ; le parquet se choisit à la sortie, et on peut en changer.
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