Salaire d’un juge : combien gagne un juge en France ?


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Un juge professionnel gagne en moyenne 3 884 euros nets par mois en début de carrière et 8 480 euros en fin de carrière, selon le ministère de la Justice (2026), avec une prime en plus selon sa fonction. Mais attention : tous les juges ne sont pas payés pareil… et certains ne sont pas payés du tout !
Petite précision de vocabulaire : un juge professionnel (on dit aussi « magistrat »), c’est quelqu’un dont c’est le métier à plein temps. Il a passé un concours, il est fonctionnaire de l’État, et il touche un salaire. À côté, il existe des juges non professionnels : des citoyens, des salariés ou des chefs d’entreprise qui jugent en plus de leur travail, élus, désignés ou tirés au sort.
Un juge aux affaires familiales, un juge au tribunal de commerce, un conseiller prud’homme, un juge à la Cour de justice de l’Union européenne : ils s’appellent tous « juge », et pourtant l’écart va de zéro à près de 30 000 euros par mois. On vous fait le tour complet, chiffres officiels à l’appui. (Et non, on ne parlera pas des juges de ligne de Roland-Garros.)
Pour les juges professionnels, les salaires nets viennent du ministère de la Justice (moyennes au 1er janvier 2026, primes forfaitaires comprises, avant l’impôt à la source). Les suppléments de prime selon la fonction et les indemnités des juges non professionnels viennent des textes officiels (arrêtés, codes), cités sous chaque tableau.


Vous êtes venu pour ça, alors le voici : du juge le mieux payé à celui qui ne l’est pas du tout. Attention, les montants ne sont pas tous de même nature (brut ou net, par mois, par jour ou par heure), et on vous le précise à chaque ligne.
Pourquoi ce mélange ? Parce que chaque juge n’est pas payé de la même façon, et que chaque source publie à sa manière. Pour les juges professionnels français, le ministère de la Justice donne des salaires nets. Pour les juges européens, le Conseil constitutionnel ou les présidents de juridiction, les textes ne fixent que des montants bruts, et les cotisations ne sont pas les mêmes d’un statut à l’autre (un juge européen, par exemple, ne paie pas l’impôt français mais un impôt propre à l’Union). Quant aux juges non professionnels, ils ne touchent pas de salaire : une indemnité par heure, par jour ou par audience. Plutôt que d’inventer des conversions, on vous donne le chiffre officiel tel qu’il est publié.
| # | Juge | Ce qu’il gagne | Précision |
|---|---|---|---|
| 1 | Juge à la Cour de justice de l’Union européenne | ≈ 29 200 € bruts par mois | traitement de base, hors indemnité de résidence de 15 % |
| 2 | Membre du Conseil constitutionnel | ≈ 15 570 € bruts par mois | à titre indicatif : montant non publié par le Conseil |
| 3 | Premier président de la Cour de cassation | ≈ 12 000 € bruts par mois | traitement (7 857 €) + prime forfaitaire (50 000 € par an) |
| 4 | Président d’un grand tribunal (Paris, Lyon, Marseille…) | jusqu’à ≈ 11 250 € bruts par mois | en haut de grille : traitement + prime de 42 000 € par an |
| 5 | Conseiller à la Cour de cassation | ≈ 8 480 € nets par mois + 167 € de prime | magistrat en fin de carrière |
| 6 | Juge d’instruction, juge des libertés | 3 884 à 8 480 € nets par mois + 150 € de prime | selon l’ancienneté |
| 7 | Juge des enfants, de l’application des peines, des contentieux de la protection | 3 884 à 8 480 € nets par mois + 125 € de prime | selon l’ancienneté |
| 8 | Juge aux affaires familiales, juge « généraliste » | 3 884 à 8 480 € nets par mois | grille commune, sans supplément |
| 9 | Juge administratif | ≈ 2 400 € bruts par mois au départ, hors primes | primes propres, montant moyen non publié |
| 10 | Magistrat à titre temporaire | 113,72 € bruts par vacation | 300 vacations au plus par an (2024) |
| 11 | Juré d’assises | 102,16 € par jour d’audience | indemnité, plus pertes de salaire et frais |
| 12 | Conseiller prud’homme | 12 € par heure | s’il siège hors de son temps de travail |
| 13 | Juge au tribunal de commerce | 0 € | fonction bénévole |
En une phrase : le juge le mieux payé est le juge européen, à la Cour de justice de l’Union européenne (environ 29 200 euros bruts par mois) ; en France, c’est le premier président de la Cour de cassation (environ 12 000 euros bruts par mois) ; un juge professionnel gagne de 3 884 à 8 480 euros nets par mois ; et le juge du tribunal de commerce ne touche rien.


Commençons par les juges de métier, ceux qui ont passé le concours de l’École nationale de la magistrature (ENM). Ils sont tous payés selon la même grille, qu’ils jugent des divorces, des mineurs ou des délits :
| Moment de la carrière | Salaire net par mois |
|---|---|
| Pendant la formation à l’ENM | 1 956 € minimum |
| Premier poste | 3 884 € |
| Après six ans | 5 083 € |
| Fin de carrière | 8 480 € |
Ce qui change d’un juge à l’autre, c’est surtout son ancienneté… et une prime liée à sa fonction, de 0 à 2 000 euros par an. Tout le détail de la grille, des primes et du concours est dans notre article sur le salaire d’un magistrat. Ici, on se concentre sur la question que vous vous posez : combien gagne ce juge-là ? (Et si c’est le parquet qui vous intéresse, tout est dans notre article sur le salaire d’un procureur.)
Juge ou procureur, siège ou parquet ? Si la différence vous paraît floue, notre fiche de révision animée vous la résume :
Même base pour tout le monde, donc. Mais certaines fonctions, plus exposées ou plus lourdes, donnent droit à un supplément de prime chaque année :
| Fonction | Supplément de prime par an | Soit par mois |
|---|---|---|
| Juge aux affaires familiales | aucun (sauf s’il est vice-président : + 1 500 €) | |
| Juge des enfants | + 1 500 € | ≈ + 125 € |
| Juge de l’application des peines | + 1 500 € | ≈ + 125 € |
| Juge des contentieux de la protection | + 1 500 € | ≈ + 125 € |
| Juge des libertés et de la détention | + 1 800 € | ≈ + 150 € |
| Juge d’instruction | + 1 800 € | ≈ + 150 € |
| Juge placé (remplaçant) | + 2 000 € | ≈ + 167 € |
| Conseiller de cour d’appel | + 1 500 € | ≈ + 125 € |
| Conseiller à la Cour de cassation | + 2 000 € | ≈ + 167 € |
| Président d’un tribunal | prime propre : 34 000 à 50 000 € par an au total |


Combien il gagne : Comme tous les juges professionnels, il démarre autour de 3 884 euros nets par mois et finit sa carrière autour de 8 480 euros. Sa fonction ne donne pas droit à un supplément de prime. S’il devient vice-président du tribunal, il touche 1 500 euros de plus par an.
Ce qu’il fait : c’est le juge de la famille. Il prononce les divorces, fixe chez qui vivent les enfants, le droit de visite et la pension alimentaire. Il est aussi le juge des tutelles des mineurs. Un contentieux énorme, et une décision qui change le quotidien de toute une famille.
Et en cours ? Tout ce qu’il applique, vous l’apprenez en droit de la famille : mariage, divorce, filiation, autorité parentale. Si vous avez aimé ce cours (si si, ça arrive !), ce poste est peut-être fait pour vous.
Le divorce pour faute, l’un des dossiers types du JAF, en fiche de révision animée :
Combien il gagne : Comme tous les juges professionnels, il démarre autour de 3 884 euros nets par mois et finit sa carrière autour de 8 480 euros. Sa fonction lui ajoute 1 500 euros bruts de prime par an, soit environ 125 euros de plus par mois.
Ce qu’il fait : il protège les mineurs en danger (placement, suivi éducatif à la maison) et juge les mineurs qui ont commis des délits. Une situation type : un enseignant signale qu’un enfant arrive en classe avec des bleus ; c’est le juge des enfants qui décidera, après une audience avec la famille, s’il doit être protégé et comment.
Et en cours ? C’est la protection de l’enfance du droit de la famille et le droit pénal des mineurs. Bonne nouvelle pour ceux qui redoutent le pénal : ici, l’éducatif passe avant la sanction.
Combien il gagne : Comme tous les juges professionnels, il démarre autour de 3 884 euros nets par mois et finit sa carrière autour de 8 480 euros. Sa fonction lui ajoute 1 500 euros bruts de prime par an, soit environ 125 euros de plus par mois.
Ce qu’il fait : son travail commence quand le procès est fini. Il fixe et contrôle la façon dont la peine est exécutée : semi-liberté, bracelet électronique, libération conditionnelle (article 712-1 du Code de procédure pénale). C’est lui qui décide si un condamné peut, par exemple, purger sa peine en travaillant le jour.
Et en cours ? C’est la suite logique de votre cours de droit pénal général (L2) : vous y apprenez quelles peines existent, lui décide comment elles s’exécutent.
Combien il gagne : Comme tous les juges professionnels, il démarre autour de 3 884 euros nets par mois et finit sa carrière autour de 8 480 euros. Sa fonction lui ajoute 1 800 euros bruts de prime par an, soit environ 150 euros de plus par mois.
Ce qu’il fait : c’est lui, et pas le juge d’instruction, qui décide de placer une personne en détention provisoire avant son procès. Il contrôle aussi les hospitalisations psychiatriques sans consentement et la rétention des étrangers. Des décisions sur la liberté des gens, souvent prises dans l’urgence, de jour comme de nuit.
Et en cours ? La détention provisoire et le contrôle judiciaire, vous les verrez en procédure pénale. Le chapitre que tout le monde survole… et que le JLD applique tous les jours.
Combien il gagne : la grille commune, plus 1 800 euros bruts de prime par an, soit environ 4 000 euros nets par mois en début de carrière. Il enquête sur les affaires les plus graves (meurtres, grands trafics, affaires financières) avant qu’elles soient jugées. Sa carrière, ses primes (dont la prime terrorisme) et son quotidien sont détaillés dans notre article sur le salaire d’un juge d’instruction.
Combien il gagne : Comme tous les juges professionnels, il démarre autour de 3 884 euros nets par mois et finit sa carrière autour de 8 480 euros. Sa fonction lui ajoute 1 500 euros bruts de prime par an, soit environ 125 euros de plus par mois.
Ce qu’il fait : vous ne connaissez pas ce juge ? C’est normal, il a remplacé en 2020 le juge d’instance et le juge des tutelles. Il protège les personnes fragiles : il décide des tutelles et curatelles des adultes vulnérables (et les confie souvent à un mandataire judiciaire à la protection des majeurs), juge les litiges de crédit à la consommation et les expulsions de locataires.
Et en cours ? Tutelles et curatelles relèvent du droit des personnes, les crédits et les baux du droit des contrats et de la consommation : un juge très « droit civil », pour ceux qui ont aimé la L1 et la L2.
L’épisode « Juge des tutelles, vivre sous la protection de la loi » de la série documentaire « Justice en France » (France 2 et LCP) a été filmé au tribunal de proximité d’Étampes : 52 minutes au plus près de ce juge. Guettez ses rediffusions sur lcp.fr.
Combien il gagne : Comme tous les juges professionnels, il démarre autour de 3 884 euros nets par mois et finit sa carrière autour de 8 480 euros. Ces deux fonctions reviennent en principe au président du tribunal, qui touche une prime propre de 34 000 à 50 000 euros par an selon la taille du tribunal ; quand il les délègue à un juge, celui-ci garde la grille commune.
Ce qu’il fait : le juge de l’exécution règle les difficultés quand une décision doit être exécutée de force (saisies, saisie immobilière). Le juge des référés tranche dans l’urgence, en quelques jours : un trouble grave causé par un voisin, une mesure à prendre tout de suite pour éviter un dommage.
Et en cours ? Ces deux juges relèvent de la procédure civile, souvent étudiée en L3. C’est aussi là qu’on comprend enfin à quoi servent toutes ces décisions de justice si personne ne les exécute !
Combien il gagne : Comme tous les juges professionnels, il démarre autour de 3 884 euros nets par mois et finit sa carrière autour de 8 480 euros. Sa fonction lui ajoute 2 000 euros bruts de prime par an, soit environ 167 euros de plus par mois.
Ce qu’il fait : c’est le remplaçant de la cour d’appel. Il part renforcer les tribunaux qui manquent de monde ou remplacer un juge absent, huit mois au plus par mission. Un poste idéal pour découvrir plusieurs juridictions et plusieurs fonctions en peu de temps.
Et en cours ? Pas de matière dédiée : le juge placé doit savoir un peu tout faire. C’est le poste du couteau suisse.
Un juge qui prend son premier poste gagne en moyenne 3 884 euros nets par mois (ministère de la Justice), un peu plus s’il commence dans une fonction qui ouvre un supplément de prime : juge des enfants, d’application des peines ou d’instruction, par exemple. Et la bonne surprise, c’est qu’il est payé dès l’école : au moins 1 956 euros nets par mois pendant les 31 mois de formation à l’ENM.
Le concours est sélectif, mais pas inaccessible : en 2025, 321 candidats ont été admis au premier concours sur 2 209 présents, soit environ un sur sept. Tout le parcours est détaillé dans notre article sur le salaire d’un magistrat.
En cour d’appel, le juge s’appelle « conseiller » : il réexamine les affaires déjà jugées en première instance. Il touche la grille commune plus 1 500 euros par an. Tout en haut, à la Cour de cassation, les conseillers et les conseillers référendaires touchent 2 000 euros par an de supplément, et sont en général en fin de carrière, autour des 8 480 euros nets mensuels de moyenne.


Vous l’avez remarqué sur la photo : à la Cour de cassation, on ne plaisante pas avec la tenue. Aux grandes occasions, comme les audiences solennelles, les magistrats y portent la robe rouge et l’hermine, là où un juge de tribunal se contente au quotidien de la robe noire. L’habit change, la grille de salaire, elle, reste la même.
Pour comprendre qui gagne quoi, il faut voir la carrière d’un juge comme une pyramide à cinq étages. Depuis le 1er décembre 2025, elle compte trois grades (au lieu de deux avant) :
| Étage | Qui on y trouve | Ce qu’il gagne |
|---|---|---|
| 1. L’école | Auditeur de justice, en formation à l’ENM pendant 31 mois | 1 956 € nets par mois minimum |
| 2. Le 1er grade | Juge du tribunal judiciaire, juge des enfants, juge d’instruction, substitut du procureur, conseiller de cour d’appel (après quatre ans) | 3 884 € nets par mois au départ, environ 5 083 € après six ans |
| 3. Le 2e grade | Premier vice-président d’un tribunal, magistrat expérimenté (au moins cinq ans de services) | traitement jusqu’à ≈ 6 830 € bruts par mois + 24 000 à 31 900 € de prime par an |
| 4. Le 3e grade | Président et procureur d’un tribunal, postes d’encadrement, magistrats d’une valeur exceptionnelle (18 % des magistrats au plus) | traitement jusqu’à ≈ 7 750 € bruts par mois + 32 500 à 50 000 € de prime par an |
| 5. Le sommet | Premier président et procureur général de la Cour de cassation | ≈ 7 857 € bruts de traitement par mois + 50 000 € de prime par an |


En fin de carrière, tous étages confondus, un magistrat gagne en moyenne 8 480 euros nets par mois. Et tout le monde ne monte pas jusqu’en haut : le 3e grade est réservé aux postes d’encadrement et aux profils exceptionnels.
Le sommet de la pyramide : le premier président de la Cour de cassation a un traitement de 7 857 euros bruts par mois et une prime forfaitaire de 50 000 euros par an (arrêté du 12 août 2023, article 4).
Le juge administratif tranche les litiges entre les citoyens et l’administration : un permis de construire refusé, une obligation de quitter le territoire, un concours de la fonction publique contesté, une erreur de l’hôpital public. Il siège au tribunal administratif ou à la cour administrative d’appel, et il n’est pas passé par l’ENM : il est recruté par l’Institut national du service public (INSP) ou par un concours direct.
Son salaire : il démarre au même traitement de base qu’un juge judiciaire, environ 2 400 euros bruts par mois hors primes (décret n° 2023-488). Ce sont les primes qui diffèrent : elles suivent un régime propre (le « RIFSEEP »), dont seuls les plafonds sont publiés, de 45 400 à 63 000 euros par an selon le niveau (arrêté du 12 juillet 2025). Aucune source officielle ne publie le salaire net moyen d’un juge administratif : on ne l’inventera donc pas.
Le droit qu’il applique tous les jours, c’est le droit administratif. Notre introduction au cours, pour vous y mettre en douceur :
Au-dessus, les membres du Conseil d’État forment encore un autre corps, avec des plafonds de primes allant jusqu’à 115 000 euros par an (arrêté du 12 juillet 2025). Là non plus, aucun montant individuel n’est publié.
Le Conseil d’État, vous le connaissez sans le savoir : c’est lui qui a rendu la plupart des arrêts que vous apprenez par cœur en droit administratif en L2. Cadot, Benjamin, Dame Lamotte, Nicolo… si ces noms vous donnent des sueurs froides la veille du partiel, c’est sa faute ! Pour réviser, commencez par notre fiche sur l’arrêt Cadot et notre cours de droit administratif.
C’est la grande surprise de cet article : en France, une partie des juges ne sont pas des magistrats de carrière. Ce sont des citoyens, des salariés ou des chefs d’entreprise, qui jugent à côté de leur métier.
| Juge | Ce qu’il fait | Ce qu’il touche |
|---|---|---|
| Juge au tribunal de commerce | Tranche les litiges entre entreprises, suit les entreprises en difficulté | Rien : la fonction est bénévole |
| Conseiller prud’homme | Juge les conflits entre salariés et employeurs (licenciements, salaires impayés) | 12 € par heure s’il siège hors de son temps de travail ou n’a plus d’emploi ; sinon, il garde son salaire |
| Juré d’assises | Citoyen tiré au sort qui juge les crimes avec les magistrats | 102,16 € par jour d’audience, plus pertes de salaire, repas et hébergement |
| Magistrat à titre temporaire ou honoraire | Ancien juriste ou magistrat retraité qui juge à temps partiel | 113,72 € bruts par vacation (2024), 300 vacations au plus par an |
Le Code de commerce est très clair : le mandat de juge au tribunal de commerce « ne donne lieu à aucune rémunération » (article L722-16). Ces juges sont des commerçants et des chefs d’entreprise, élus par leurs pairs, qui jugent les litiges entre entreprises et suivent les entreprises en difficulté (redressement, liquidation). Ils le font gratuitement, en plus de leur propre activité. Ironie du sort : à côté d’eux, le greffier du tribunal est l’un des professionnels du droit les mieux payés de France (voyez notre article sur le salaire d’un greffier de tribunal de commerce).
Le documentaire « Juges et patrons, un an au tribunal de commerce de Marseille » (LCP, 2022, 52 minutes) suit une cheffe d’entreprise qui devient juge bénévole et découvre ce monde méconnu. Guettez ses rediffusions sur lcp.fr.
Pourquoi ne sont-ils pas payés ? C’est une tradition très ancienne. Depuis 1563, quand le chancelier Michel de L’Hospital crée à Paris la juridiction des « juges et consuls », les commerçants sont jugés par d’autres commerçants, élus par leurs pairs : c’est de là que vient le nom de justice « consulaire ». L’idée est que des gens du métier comprennent mieux les litiges entre entreprises, et qu’ils rendent ce service à leur communauté sans en faire leur profession. La loi a gardé ce principe jusqu’à aujourd’hui. Seuls leurs frais de déplacement peuvent être remboursés quand ils siègent loin du tribunal.
Le conseiller prud’homme est un salarié ou un employeur qui juge les conflits du travail. S’il siège pendant ses heures de travail, son employeur maintient son salaire. S’il siège en dehors, ou s’il n’a plus d’emploi, il touche une vacation de 12 euros par heure (article D1423-56 du Code du travail).
Comment devenir conseiller prud’homme ? On ne passe pas de concours et on n’est plus élu : on est désigné pour quatre ans, sur proposition d’un syndicat de salariés ou d’une organisation d’employeurs. Il faut donc d’abord se rapprocher d’un syndicat ou d’une fédération patronale, qui présente ses candidats. Les candidatures pour le mandat 2026-2029 ont été déposées en 2025 ; les prochaines viendront avant la fin de ce mandat. Une fois désigné, le nouveau conseiller suit une formation obligatoire de cinq jours organisée par l’École nationale de la magistrature : sans elle, il est considéré comme démissionnaire. Et si vous êtes salarié, votre employeur ne peut pas refuser vos absences pour siéger.
Imaginez : un matin, une lettre arrive. Vous avez été tiré au sort sur les listes électorales pour être juré à la cour d’assises. Pendant une ou plusieurs semaines, vous allez juger l’un des crimes les plus graves (un meurtre, un assassinat), assis à côté de trois magistrats professionnels, et voter sur la culpabilité et la peine. Il faut avoir au moins 23 ans, et on ne peut pas refuser sans un motif sérieux. (Depuis 2023, les crimes un peu moins graves, comme la plupart des viols, sont jugés sans jurés, par des cours criminelles composées uniquement de magistrats.)
Côté argent, le juré ne touche pas de salaire mais une indemnité de 102,16 euros par jour d’audience. S’il perd du salaire pendant le procès, il est compensé (jusqu’à 96,16 euros par jour), et ses repas et son hébergement sont remboursés (justice.fr, au 1er janvier 2026). Personne ne devient juré pour l’argent… mais c’est le seul moment de sa vie où un citoyen ordinaire décide, avec les juges, du sort d’un accusé.
Les juges les mieux payés ne siègent pas dans un tribunal ordinaire. À la Cour de justice de l’Union européenne, à Luxembourg, le traitement de base d’un juge est fixé à 112,5 % du plus haut grade de la fonction publique européenne (règlement (UE) 2016/300), soit environ 29 200 euros bruts par mois (notre calcul, à partir du barème au 1er juillet 2025), avant une indemnité de résidence de 15 %.
Pour la Cour européenne des droits de l’homme, à Strasbourg, aucun montant individuel n’est publié ; on sait seulement que le budget total de la Cour est de 88,5 millions d’euros en 2025 (CEDH).
Quant au Conseil constitutionnel, c’est un cas à part, et un peu mystérieux. La loi fixe l’indemnité de ses neuf membres par référence aux plus hauts traitements de l’État. Mais un complément s’y ajoute, fondé sur une lettre ministérielle de 2001 jamais publiée. Résultat, à titre indicatif : environ 15 570 euros bruts par mois en 2026, selon une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale qui cite le rapport budgétaire du Parlement, soit plus de 50 % au-dessus de ce que prévoit la loi selon ses auteurs. Le Conseil ne publie pas lui-même ce montant, d’où la prudence.
Pour finir de démêler tout ça, voici quel juge s’occupe de quelle situation de la vie, et ce qu’il gagne :


| Situation | Le juge | Ce qu’il gagne |
|---|---|---|
| Un divorce, la garde des enfants | Juge aux affaires familiales | 3 884 à 8 480 € nets par mois |
| Un enfant en danger | Juge des enfants | Grille commune + 1 500 € par an |
| Un suspect qu’on veut placer en détention | Juge des libertés et de la détention | Grille commune + 1 800 € par an |
| Un meurtre à élucider | Juge d’instruction | Grille commune + 1 800 € par an |
| Un licenciement contesté | Conseil de prud’hommes | 12 € de l’heure (ou son salaire maintenu) |
| La faillite d’une entreprise | Tribunal de commerce | Rien : bénévole |
| Un permis de construire refusé | Juge administratif | Même base + primes propres |
| Un meurtre à juger | Cour d’assises (magistrats et jurés) | Jurés : 102,16 € par jour |
Ça dépend du juge que vous voulez devenir ! Certains passent un concours après leurs études, d’autres sont élus, désignés ou tirés au sort.
C’est la voie royale : le concours de l’École nationale de la magistrature (ENM), à Bordeaux. Le premier concours est ouvert dès bac+4, sans limite du nombre de tentatives. En 2025, 321 candidats ont été admis sur 2 209 présents, soit environ un sur sept. Viennent ensuite 31 mois de formation, payés, puis le choix du premier poste selon votre classement de sortie : mieux vous êtes classé, plus vous choisissez votre fonction (juge des enfants, juge d’instruction…) et votre ville.
Au programme du concours : droit civil, droit pénal, procédure, droit public et culture générale. Autrement dit, tout ce que vous voyez de la L1 à la L3 ! Le parcours complet, les épreuves et les chiffres sont dans notre article sur le salaire d’un magistrat.
Pas d’ENM ici : les juges des tribunaux administratifs sont recrutés par un concours propre, organisé chaque année (38 places en 2026, 50 annoncées pour 2027), ou à la sortie de l’Institut national du service public (INSP). Si le droit administratif de L2 vous a plu (oui, même les arrêts du Conseil d’État), c’est une piste sérieuse.
On ne postule pas pour devenir membre du Conseil constitutionnel : les neuf membres sont nommés par le président de la République, le président de l’Assemblée nationale et le président du Sénat. Les juges européens, eux, sont proposés par leur pays. Bref, ce sont des carrières d’exception, souvent après une longue vie de juriste. Si le droit constitutionnel de L1 vous fait rêver, sachez que c’est là que tout commence.
Vous hésitez entre plusieurs métiers du droit ? Faites notre test « Quel métier du droit est fait pour vous ? », et comparez avec notre classement des métiers du droit les mieux payés. Et pour réussir vos partiels (puis le concours), les cours de l’Académie AideauxTD suivent le programme de chaque année.
Un juge professionnel gagne en moyenne 3 884 euros nets par mois en début de carrière, 5 083 euros après six ans et 8 480 euros en fin de carrière (ministère de la Justice, 2026), avec un supplément de prime de 0 à 2 000 euros par an selon sa fonction.
Celui de la grille commune des magistrats : environ 3 884 euros nets par mois en début de carrière et jusqu’à 8 480 euros en fin de carrière. Le juge aux affaires familiales n’a pas de supplément de prime propre, sauf s’il est vice-président du tribunal (+ 1 500 euros par an).
La grille commune des magistrats, plus 1 500 euros bruts de prime par an, soit environ 125 euros de plus par mois.
Non. Le Code de commerce prévoit que leur mandat « ne donne lieu à aucune rémunération » (article L722-16). Ce sont des chefs d’entreprise et des commerçants élus, qui jugent bénévolement.
Rien de plus s’il siège pendant son temps de travail : son employeur maintient son salaire. S’il siège en dehors ou n’a plus d’emploi, il touche une vacation de 12 euros par heure (article D1423-56 du Code du travail).
Il démarre au même traitement de base qu’un juge judiciaire, environ 2 400 euros bruts par mois hors primes. Ses primes suivent un régime propre dont seuls les plafonds sont publiés (45 400 à 63 000 euros par an).
Les juges européens : un juge à la Cour de justice de l’Union européenne perçoit un traitement de base d’environ 29 200 euros bruts par mois. En France, le sommet est le premier président de la Cour de cassation, avec environ 7 860 euros bruts de traitement par mois et 50 000 euros de prime forfaitaire par an.
• Un juge professionnel gagne 3 884 euros nets par mois en début de carrière et 8 480 euros en fin de carrière (ministère de la Justice, 2026).
• Tous les juges professionnels ont la même grille ; la fonction ajoute de 0 à 2 000 euros de prime par an.
• Les juges des tribunaux de commerce sont bénévoles, les conseillers prud’hommes touchent 12 euros de l’heure, les jurés 102,16 euros par jour.
• Le juge administratif démarre à la même base, avec des primes propres.
• Les mieux payés sont les juges européens : environ 29 200 euros bruts par mois à la Cour de justice de l’Union européenne.
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