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La cassation sans renvoi

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La Cour de cassation peut rendre des arrêts de rejet et des arrêts de cassation. Dans ce dernier cas, elle a la faculté, prévue par le Code de procédure civile et par le Code de l’organisation judiciaire, de prononcer une « cassation sans renvoi ». Retour sur ce type de cassation, réformé par la loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016.

🌟À retenir

Selon le rapport de la Cour de cassation, entre 2019 et 2023, la part des cassations sans renvoi a légèrement progressé (respectivement 12 % et 14 % de l’ensemble des arrêts de cassation) tout en restant minoritaire. Ainsi, « près de 9 arrêts de cassation sur 10 renvoient l’affaire devant une juridiction du fond ».

I. Qu’est-ce que la cassation sans renvoi ?

On parle de cassation sans renvoi pour désigner les cas dans lesquels la loi permet à la Cour de cassation, à la suite d’un pourvoi formé contre une décision rendue par une juridiction de fond, de casser cette décision sans renvoyer l’affaire afin qu’il soit statué sur le fond.

Reprenons depuis le début pour y voir plus clair.

La Cour de cassation est juge du droit et non juge des faits.

La Cour de cassation rend soit des arrêts de rejet (arrêt par lequel la Cour de cassation rejette le pourvoi intenté contre la décision rendue par la juridiction de fond) soit des arrêts de cassation (arrêt qui casse la décision rendue par la juridiction de fond).

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Les décisions de rejet mettent un terme définitif au litige.

Le principe, s’agissant des décisions de cassation, est que l’affaire est renvoyée devant une autre juridiction de même nature que celle dont émane l’arrêt cassé ou devant la même juridiction composée d’autres magistrats sauf disposition contraire (COJ, art. L. 431-4 ; C. pr. civ., art. 626).

En d’autres termes, la Cour de cassation ne tranche pas directement le litige et le renvoie devant une juridiction de fond qui rendra un nouveau jugement ou un nouvel arrêt. Ce jugement ou cet arrêt pourra, sous certaines conditions, faire l’objet d’un nouveau pourvoi en cassation.

Par exception, la Cour de cassation peut, dans certaines hypothèses particulières, casser une décision sans renvoyer l’affaire devant une juridiction de renvoi. Il s’agit d’une « cassation sans renvoi ». La Cour de cassation peut également casser sans renvoi partiellement une décision. On parle de « cassation partielle sans renvoi ».

II. Quels sont les textes juridiques consacrant la cassation sans renvoi ?

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En matière civile, les dispositions relatives à la cassation sans renvoi figurent dans le Code de procédure civile et dans le Code de l’organisation judiciaire.

L’article 627 du Code de procédure civile dispose :

« La Cour de cassation peut casser sans renvoyer l’affaire dans les cas et conditions prévues par l’article L. 411-3 du code de l’organisation judiciaire ».

L’article L. 411-3 du Code de l’organisation judiciaire dispose :

« La Cour de cassation peut casser sans renvoi lorsque la cassation n’implique pas qu’il soit à nouveau statué sur le fond. Elle peut aussi, en matière civile, statuer au fond lorsque l’intérêt d’une bonne administration de la justice le justifie. En matière pénale, elle peut, en cassant sans renvoi, mettre fin au litige lorsque les faits, tels qu’ils ont été souverainement constatés et appréciés par les juges du fond, lui permettent d’appliquer la règle de droit appropriée ».

Enfin, l’article 1015 du Code de procédure civile prévoit que les parties sont avisées lorsqu’une cassation sans renvoi est envisagée, et invitées à présenter leurs observations. Il en va de même lorsqu’il est envisagé de statuer au fond après cassation : les parties doivent alors être informées sur « les chefs du dispositif de la décision attaquée susceptibles d’être atteints par la cassation » et sur « les points sur lesquels il pourrait être statué au fond ».

III. Petit historique de la cassation sans renvoi

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Historiquement, la Cour de cassation ne pouvait pas connaître du fond de l’affaire et devait nécessairement renvoyer l’affaire.

Le décret de l’Assemblée nationale du 27 novembre 1790 lors de la création du Tribunal de cassation disposait : « sous aucun prétexte et en aucun cas, le tribunal ne pourra connaître du fond des affaires : après avoir cassé les procédures ou le jugement, il renverra le fond des affaires aux tribunaux qui devront en connaître »[1].

La loi n° 67-523 du 3 juillet 1967 a consacré la possibilité, pour l’Assemblée plénière de la Cour de cassation, de procéder à des cassations sans renvoi. Puis la loi du 3 janvier 1979 a généralisé cette faculté de cassation sans renvoi à toutes les chambres de la Cour de cassation.

En 2016, la réforme opérée par la loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016 de modernisation de la justice du XXIe siècle (loi dite « Justice 21 ») a ajouté à l’article L. 411-3 du Code de l’organisation judiciaire un alinéa en vertu duquel la Cour de cassation « peut aussi, en matière civile, statuer au fond lorsque l’intérêt d’une bonne administration de la justice le justifie ».

Cette réforme permet à la Cour de cassation de disposer de la même faculté déjà reconnue au Conseil d’État par l’article L. 821-2 du Code de justice administrative.

Enfin, le décret en Conseil d’État n° 2017-396 du 24 mars 2017 est venu apporter certaines précisions à l’article 1015 du Code de procédure civile en prévoyant notamment que les parties doivent être informées sur « les chefs du dispositif de la décision attaquée susceptibles d’être atteints par la cassation » et sur « les points sur lesquels il pourrait être statué au fond ».

L’article 34 de la Constitution qui énonce les matières relevant du domaine de la loi ne vise pas la procédure civile. Cette matière relève donc du domaine réglementaire de l’article 37 de la Constitution, ce qui signifie que le Gouvernement peut réformer la procédure civile par simple voie de décret.

IV. Quelles sont les différentes hypothèses de cassation sans renvoi ?

La Cour de cassation peut casser sans renvoi dans deux hypothèses.

La première hypothèse de cassation sans renvoi concerne les cas dans lesquels « la cassation n’implique pas qu’il soit à nouveau statué sur le fond ».

Cette hypothèse regroupe une grande variété de situations dans lesquelles la cassation ne laisse rien à trancher. La Cour de cassation met fin définitivement au litige, car il ne reste plus rien à juger.

💡Exemple

Par exemple, il peut s’agir du cas dans lequel la procédure se conclut par l’irrecevabilité de l’action engagée. Ainsi, une demande d’inscription au barreau déjà rejetée par une décision définitive se heurte à l’autorité de la chose jugée : la Cour de cassation casse sans renvoi et déclare elle-même la demande irrecevable (Cass. 1re civ., 13 mai 1997, n° 94-21.674).

La deuxième hypothèse de cassation sans renvoi concerne les cas dans lesquels « l’intérêt d’une bonne administration de la justice le justifie ». Cette hypothèse est une nouveauté consacrée par la loi du 18 novembre 2016.

Avant cette loi, la Cour de cassation avait la possibilité de casser sans renvoi et de statuer véritablement sur le fond en mettant fin au litige uniquement « lorsque les faits, tels qu’ils ont été souverainement constatés et appréciés par les juges du fond, lui permettent d’appliquer la règle de droit appropriée ». Depuis 2016, cette formule ne vaut plus qu’en matière pénale (COJ, art. L. 411-3, al. 3).

La réforme assouplit donc les conditions de la cassation sans renvoi de l’arrêt attaqué s’agissant de la deuxième hypothèse.

Dans les faits, l’effet de la réforme reste discret. Une étude menée pour la Cour de cassation porte sur les arrêts des chambres civiles de 2012 à 2021. Elle constate une légère hausse de la part des cassations sans renvoi depuis 2018, sans pouvoir l’imputer à la loi de 2016. Elle relève aussi que, dans près des trois quarts des cas, la Cour n’a en réalité jamais eu à statuer sur le fond (M. Cottin, « Étude empirique sur les cassations sans renvoi devant les chambres civiles de la Cour de cassation », D. 2024, p. 609).

Dans tous les cas (hypothèse 1 et hypothèse 2), l’article 1015 du Code de procédure civile impose, lorsqu’une cassation sans renvoi est envisagée, d’en aviser les parties et de les inviter à présenter leurs observations.

Lorsqu’il est envisagé de statuer au fond après cassation (hypothèse 2), les parties sont informées des chefs du dispositif de la décision attaquée susceptibles d’être atteints par la cassation et les points sur lesquels il pourrait être statué au fond, et peuvent être invitées à communiquer toute pièce utile à la décision sur le fond envisagée.

V. Comment identifier un arrêt de cassation sans renvoi ?

Plusieurs indices permettent d’identifier un arrêt rendu avec cassation sans renvoi.

D’abord, les arrêts publiés dans le « Bulletin numérique des arrêts publiés (’P’) des chambres civiles » sur le site de la Cour de cassation sont présentés en colonnes, dont l’un des en-têtes indique expressément s’il s’agit d’une décision de rejet, de cassation ou de cassation sans renvoi.

Bulletin des arrêts de la Cour de cassation : colonne indiquant la cassation sans renvoi
Cassation sans renvoi – Bulletin numérique des arrêts publiés (’P’) des chambres civiles

Sur Légifrance, la fiche de chaque arrêt indique aussi la « Solution » retenue : « Cassation sans renvoi » ou « Cassation partielle sans renvoi ».

Ensuite, à la lecture de l’arrêt, les formules employées par la Cour de cassation permettent d’identifier un arrêt de cassation sans renvoi.

La Cour de cassation utilise la formule « DIT n’y avoir lieu à renvoi » et indique clairement faire application des articles 1015 du Code de procédure civile, L. 411-3, alinéa 2, du Code de l’organisation judiciaire et 627 du Code de procédure civile.

Extrait d’un arrêt de cassation sans renvoi de la chambre sociale
Exemple : Cass. soc., 13 janvier 2021, n° 19-17.182

La formule « Vu l’article 627 du code de procédure civile, après avis donné aux parties en application de l’article 1015 du même code » figure généralement en fin d’arrêt (exemple : Cass. soc., 23 mai 2017, n° 16-10.580).

VI. Quels sont les intérêts d’une cassation sans renvoi ?

A. Limiter la résistance éventuelle des juges du fond

La cassation sans renvoi permet de limiter « toute résistance des juges du fond »[2], ceux-ci ne pouvant pas statuer à nouveau sur l’affaire et remettre en cause son interprétation.

B. Désengorger les juridictions du fond

Ensuite, elle permet de désengorger les cours d’appel et les juridictions statuant en dernier ressort en évitant des renvois inutiles. L’objectif réside dans l’accélération des procédures afin de permettre notamment le respect du droit de chaque partie d’être jugée dans un délai raisonnable.

VII. Quelles sont les critiques de la cassation sans renvoi ?

Certaines critiques doctrinales relatives à la cassation sans renvoi peuvent être évoquées.

A. Un changement de nature de la Cour de cassation

La possibilité pour la Cour de cassation de statuer au fond en dernier ressort risquerait d’entraîner un changement de nature de cette juridiction et de l’éloigner « de sa mission de juge du droit »[3].

B. Un simple moyen de réduire l’encombrement des cours d’appel

L’amendement du Gouvernement à l’origine de la réforme de 2016 (amendement n° CL165) précise que ce pouvoir « pourra être utilisé plus ou moins largement en fonction de l’encombrement des cours d’appel ». Il s’agirait donc d’un simple moyen de limiter les renvois afin de réduire la surcharge des cours d’appel, ce qui ne serait pas souhaitable.

C. Une faculté discrétionnaire créatrice d’une rupture d’égalité de traitement

La cassation sans renvoi est facultative. Ce pouvoir discrétionnaire ne permettrait pas aux justiciables d’être traités de manière égale puisque la Cour de cassation est libre de décider si « l’intérêt d’une bonne administration de la justice » rend nécessaire une cassation sans renvoi. Des conditions plus claires auraient permis de traiter toutes les situations de manière identique.

[1] Duverger, Lois et ordonnances, 1790-1791.

[2] M.-N. Jobard-Bachellier, X. Bachellier, J. Buk Lament, La technique de cassation. Pourvois et arrêts en matière civile, 8e éd., Dalloz, 2013.

[3] M. Fabre, « La cassation sans renvoi en matière civile », JCP G 2001, n° 38.

VIII. La cassation sans renvoi en résumé

  • La cassation sans renvoi désigne un type de cassation prévu par le Code de l’organisation judiciaire et le Code de procédure civile. La loi permet à la Cour de cassation, à la suite d’un pourvoi formé contre une décision rendue par une juridiction de fond, de casser cette décision sans renvoyer l’affaire afin qu’il soit statué sur le fond.
  • En matière civile, il existe deux hypothèses de cassation sans renvoi. L’une concerne les cas dans lesquels « la cassation n’implique pas qu’il soit à nouveau statué sur le fond », l’autre concerne les cas dans lesquels « l’intérêt d’une bonne administration de la justice le justifie ».
  • La formule « Vu l’article 627 du code de procédure civile, après avis donné aux parties en application de l’article 1015 du même code » permet d’identifier facilement ce type de cassation.
  • Ce type de cassation a été modifié par la loi dite « Justice 21 » en 2016 et par un décret de 2017. Il fait l’objet de plusieurs critiques : il éloignerait la Cour de cassation de sa mission de « juge du droit », et son caractère discrétionnaire peut créer des différences de traitement entre les justiciables.

La cassation sans renvoi en schéma

Schéma : la cassation sans renvoi (principe et exception, hypothèses, étapes clés, avis aux parties)
La cassation sans renvoi en schéma

La cassation sans renvoi en images

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IX. Questions fréquentes sur la cassation sans renvoi

Qu’est-ce qu’une cassation sans renvoi ?

C’est une cassation par laquelle la Cour de cassation annule la décision attaquée sans renvoyer l’affaire devant une juridiction du fond. Elle est prévue par l’article 627 du Code de procédure civile et l’article L. 411-3 du Code de l’organisation judiciaire.

Quelle différence entre une cassation avec renvoi et une cassation sans renvoi ?

En principe, après cassation, l’affaire est renvoyée devant une juridiction de même nature qui la rejuge (COJ, art. L. 431-4 ; C. pr. civ., art. 626). Dans une cassation sans renvoi, la Cour de cassation met elle-même fin au litige : il n’y a plus de nouveau procès devant les juges du fond.

Dans quels cas la Cour de cassation peut-elle casser sans renvoi ?

Lorsque la cassation n’implique pas qu’il soit à nouveau statué sur le fond et, en matière civile, lorsque l’intérêt d’une bonne administration de la justice justifie qu’elle statue elle-même au fond (COJ, art. L. 411-3).

Qu’est-ce qu’une cassation partielle sans renvoi ?

La Cour de cassation n’annule qu’une partie de la décision attaquée, sans renvoyer l’affaire sur ce point. Le reste de la décision est maintenu.

Les parties sont-elles prévenues avant une cassation sans renvoi ?

Oui. L’article 1015 du Code de procédure civile impose d’aviser les parties et de les inviter à présenter leurs observations. Si la Cour envisage de statuer au fond, elle précise aussi les chefs du dispositif susceptibles d’être atteints par la cassation et les points qu’elle pourrait trancher.

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