La faute lourde


94 % de nos étudiants valident leur année. Voir comment →
Pour réviser le droit du travail : nos fiches de révision →
La faute lourde occupe la place la plus élevée, en termes de gravité, dans la hiérarchie des fautes en droit du travail. Elle se caractérise par l’intention de nuire du salarié à son employeur. C’est la seule faute qui permet d’engager la responsabilité pécuniaire du salarié.
La faute lourde, au même titre que la faute grave, n’est pas définie par le Code du travail mais par la jurisprudence.
Avant 2015, la faute lourde était caractérisée par l’intention de nuire du salarié à son employeur (ex. : Cass. soc., 21 avr. 2010, n° 09-40.848).
Dans un arrêt du 22 octobre 2015, la Cour de cassation a précisé la définition en jugeant :
« La faute lourde est caractérisée par l’intention de nuire à l’employeur, laquelle implique la volonté du salarié de lui porter préjudice dans la commission du fait fautif et ne résulte pas de la seule commission d’un acte préjudiciable à l’entreprise« . Cass. soc., 22 oct. 2015, n° 14-11.801
Cette définition rend la caractérisation d’une faute lourde très difficile en pratique. Il ne suffit pas de prouver que le salarié a commis un acte préjudiciable : il faut démontrer qu’il a voulu nuire à l’employeur en commettant cet acte.
La faute grave rend impossible le maintien du salarié dans l’entreprise. La faute lourde suppose, en plus, une intention de nuire à l’employeur. La différence essentielle en termes de conséquences est que seule la faute lourde permet à l’employeur d’engager la responsabilité pécuniaire du salarié et d’obtenir des dommages-intérêts en réparation du préjudice subi.
Pour plus d’informations sur la faute grave, vous pouvez lire notre article dédié : la faute grave en droit du travail.
Guide gratuit : 10 conseils pour augmenter vos notes en droit →
L’employeur doit apporter la preuve de la faute lourde commise par le salarié. Il supporte donc la charge de la preuve.
Il doit démontrer deux éléments cumulatifs :
A défaut de rapporter cette double preuve, l’employeur s’expose à ce que le juge requalifie la faute lourde en faute grave ou en faute simple, ce qui peut conduire à des condamnations au versement de dommages-intérêts.
Pour caractériser une faute lourde, il faut partir de la définition posée par la Cour de cassation le 22 octobre 2015 (n° 14-11.801).
L’arrêt de 2015 illustre bien la difficulté de la preuve : un salarié avait détourné sur son compte personnel une somme de 60 000 euros correspondant au règlement d’une facture. Pour la Cour de cassation, la faute lourde ne pouvait être caractérisée dans la mesure où l’employeur ne démontrait pas la volonté du salarié de nuire à l’entreprise par la commission de cet acte. La doctrine a accueilli cette solution avec réserve (C. Radé, « Faute lourde du salarié : quand la Cour de cassation protège les crapules », Lexbase, Hebdo éd. sociale n° 632, 2015).
En pratique, les juges se fondent sur un faisceau d’indices concordants pour déduire l’intention de nuire du comportement du salarié.
Exemples de fautes lourdes retenues par la jurisprudence :
Exemples de fautes lourdes écartées par la jurisprudence (requalifiées en faute grave ou simple) :
La faute lourde entraîne le licenciement du salarié et emporte des conséquences spécifiques, plus lourdes que celles de la faute grave.
La faute lourde, au même titre que la faute grave, prive le salarié du bénéfice de l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement (C. trav., art. L. 1234-9, R. 1234-2).
La faute lourde prive le salarié du bénéfice de l’indemnité compensatrice de préavis dans la mesure où son départ de l’entreprise, comme en cas de faute grave, est immédiat (C. trav., art. L. 1234-5).
La faute lourde ne prive plus le salarié de l’indemnité compensatrice de congés payés. L’ancien article L. 3141-26 du Code du travail prévoyait que cette indemnité n’était pas due en cas de faute lourde. Mais le Conseil constitutionnel a censuré cette disposition (Cons. const., 2 mars 2016, n° 2015-523 QPC), estimant que les congés payés constituent un droit acquis par le travail accompli et que la privation de cette indemnité portait une atteinte disproportionnée au droit de propriété du salarié. L’indemnité de congés payés doit donc être versée au salarié en tout état de cause, même en cas de faute lourde.
C’est la conséquence qui distingue fondamentalement la faute lourde de la faute grave. Seule la faute lourde permet à l’employeur d’engager la responsabilité pécuniaire du salarié et d’obtenir des dommages-intérêts en réparation du préjudice subi (Cass. soc., 25 janv. 2017, n° 15-21.352).
La jurisprudence récente confirme la rigueur de cette exigence. En l’absence de faute lourde caractérisée, le salarié ne peut être condamné à indemniser l’employeur, même si la faute grave est retenue et que le préjudice est avéré (Cass. soc., 6 mai 2025, n° 23-13.302).
La chambre criminelle de la Cour de cassation a affirmé que lorsque l’employeur se constitue partie civile dans le cadre d’une procédure pénale, il n’a pas à caractériser de faute lourde ni d’intention de nuire pour obtenir réparation du préjudice causé par l’infraction commise par le salarié (Cass. crim., 14 janv. 2025, n° 24-81.365). En l’espèce, un salarié avait provoqué un accident sous l’emprise du cannabis au volant du véhicule de l’entreprise, causant un préjudice de plus de 100 000 euros.
Cette décision offre à l’employeur une voie alternative lorsque les faits du salarié constituent une infraction pénale : la voie pénale permet d’obtenir réparation sans avoir à prouver la faute lourde exigée par la chambre sociale.
Selon l’article L. 911-8 du Code de la sécurité sociale, le salarié licencié pour faute lourde n’a pas droit au maintien à titre gratuit de sa mutuelle au moment de la cessation de son contrat de travail.
Le licenciement pour faute lourde ne prive pas le salarié du bénéfice des allocations chômage (allocation d’aide au retour à l’emploi, ARE). Le droit aux allocations est ouvert dès lors que le salarié est involontairement privé d’emploi, quel que soit le motif du licenciement.
Oui. Le licenciement pour faute lourde, comme le licenciement pour faute grave, ouvre droit aux allocations chômage (ARE). Le droit aux allocations est lié à la privation involontaire d’emploi, quel que soit le motif du licenciement.
La faute grave rend impossible le maintien du salarié dans l’entreprise. La faute lourde exige, en plus, la preuve d’une intention de nuire à l’employeur (Cass. soc., 22 oct. 2015, n° 14-11.801). En termes de conséquences, les deux privent le salarié de l’indemnité de licenciement et de l’indemnité de préavis. La différence essentielle est que seule la faute lourde permet d’engager la responsabilité pécuniaire du salarié et le prive du droit à la portabilité de la mutuelle.
Le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes dans un délai de 12 mois à compter de la notification du licenciement (C. trav., art. L. 1471-1). Le juge vérifiera si l’intention de nuire est effectivement caractérisée. A défaut, il pourra requalifier la faute lourde en faute grave ou en faute simple, ce qui permettra au salarié de récupérer tout ou partie de ses indemnités. Il est recommandé de se faire accompagner par un avocat spécialisé en droit du travail pour maximiser ses chances devant le conseil de prud’hommes.
Oui, mais uniquement en cas de faute lourde. La responsabilité pécuniaire du salarié ne peut être engagée qu’en cas de faute lourde caractérisée par l’intention de nuire. Une simple faute grave, même ayant causé un préjudice important, ne suffit pas (Cass. soc., 6 mai 2025, n° 23-13.302). Exception : si les faits constituent une infraction pénale, l’employeur peut obtenir réparation devant le juge pénal sans avoir à démontrer la faute lourde (Cass. crim., 14 janv. 2025, n° 24-81.365).
Non. Depuis la décision du Conseil constitutionnel du 2 mars 2016 (n° 2015-523 QPC), l’indemnité compensatrice de congés payés est due au salarié en tout état de cause, même en cas de licenciement pour faute lourde. Les congés payés constituent un droit acquis par le travail accompli.


La Formule Réussite n’ouvre qu’une fois par an et ferme définitivement le 20 septembre. Toute la plateforme pendant 12 mois, vos fiches à garder, la communauté privée et l’accompagnement d’un enseignant : de quoi arriver en TD en ayant déjà vu le programme et travaillé la méthode.
Rejoindre la Formule Réussite →Rédigé par
📖 À lire aussi


Les critères du contrat de travail ont été posés par la jurisprudence et par la doctrine pour permettre…


Le transfert d’entreprise est un changement dans la situation juridique de l’employeur qui se matérialise par une opération…


Auteur de la correction : Raphaël BRIGUET-LAMARRE | Master 2 Droit et pratiques des relations de travail, ancien avocat.…
💬
Laisser un commentaire