Salaire d’un greffier de tribunal de commerce : combien gagne-t-il ?


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Un greffier de tribunal de commerce gagne environ 45 800 euros par mois, soit autour de 549 000 euros par an. C’est notre estimation, calculée à partir des chiffres de l’Autorité de la concurrence (2025), avant impôt et avant le remboursement du prix de son greffe. Et ce « avant » compte énormément : un greffe s’achète souvent plus d’un million d’euros, à crédit, et le greffier paie aussi ses cotisations et son impôt. Ce qu’il garde vraiment chaque mois est donc nettement plus bas, surtout les premières années. Mais oui, vous avez bien lu : c’est le métier du droit le mieux payé de France, loin devant les avocats et les notaires.
Mais attention, avant de tout plaquer pour ce métier : le greffier de tribunal de commerce n’a rien à voir avec le greffier que vous croisez dans un tribunal judiciaire, aux côtés du juge. Même nom, deux métiers différents… et des salaires qui n’ont rien à voir. On vous explique tout : combien il gagne vraiment, d’où vient sa fortune, ce que coûte un greffe et comment on devient l’un des quelque 200 greffiers de commerce de France.
C’est la confusion numéro un, et on la comprend : les deux s’appellent « greffier » et travaillent dans un tribunal. Pourtant, tout les oppose.
Le greffier « tout court » (on dit greffier des services judiciaires) est un fonctionnaire. Il travaille au tribunal judiciaire, à la cour d’appel ou au conseil de prud’hommes : il assiste le juge à l’audience, rédige les procès-verbaux, authentifie les décisions. Il passe un concours de la fonction publique, ouvert dès bac+2, et démarre à 2 088 euros nets par mois, selon le ministère de la Justice.
Le greffier de tribunal de commerce, lui, est un officier public et ministériel, comme le notaire ou le commissaire de justice (lire notre article sur le salaire d’un huissier de justice). Il n’est pas payé par l’État : il est à la tête d’une petite entreprise, le greffe, qu’il a achetée, et il vit de ce que lui paient les entreprises pour chaque formalité. Un chef d’entreprise… sans concurrent, puisqu’il n’y a qu’un greffe par tribunal de commerce.
| Greffier de tribunal de commerce | Greffier des services judiciaires | |
|---|---|---|
| Statut | Officier public et ministériel, en libéral | Fonctionnaire de l’État |
| Où il travaille | Au greffe du tribunal de commerce | Au tribunal judiciaire, à la cour d’appel, aux prud’hommes |
| Diplôme exigé | Master en droit | Bac+2 pour le concours |
| Combien ils sont | 219 en France | Plusieurs milliers |
| Ce qu’il gagne | ≈ 45 800 € par mois (estimation, avant impôt) | 2 088 € nets par mois au départ |


Si c’est le greffier fonctionnaire qui vous intéresse, ses débouchés et son évolution sont dans notre article sur les métiers du droit. Ici, on parle du greffier des entreprises.
Aucune fiche de paie n’existe : un greffier de tribunal de commerce ne touche pas de salaire. Il touche ce qui reste une fois que son greffe a payé ses salariés, son loyer, son informatique et ses impôts d’entreprise. Et comme personne ne publie ce chiffre greffier par greffier, on l’a calculé à partir des données officielles, étape par étape.


Ce chiffre est une moyenne, et elle cache des écarts énormes. Le greffe de Paris ou de Lyon n’a rien à voir avec celui d’une petite ville. Surtout, ce n’est pas ce qui arrive sur le compte en banque. Il faut encore retirer les cotisations sociales du greffier, son impôt sur le revenu et, pendant des années, le remboursement de l’emprunt qui a servi à acheter son greffe (on y revient plus bas).
Concrètement, prenons un exemple simple. Julie et Marc sont associés dans un greffe moyen. Leur greffe encaisse 1,8 million d’euros par an et en garde 43 %, soit environ 790 000 euros. Partagés à deux, cela fait près de 395 000 euros chacun par an, avant leurs cotisations et leur impôt. S’ils ont acheté leurs parts à crédit, une bonne partie part encore dans les mensualités pendant des années. Ça reste très confortable, mais on est loin du « 45 800 euros net d’impôt » qu’on imagine.
Si vous avez déjà cherché ce métier, vous êtes forcément tombé sur ce chiffre. Il vient d’un rapport de l’Inspection générale des finances publié en 2013. À partir des déclarations fiscales de 2010, l’IGF avait calculé que la moitié des greffiers exerçant seuls gagnaient plus de 29 177 euros nets par mois. Un greffier associé, lui, tirait 524 876 euros par an de son greffe. La presse s’en est emparée, et le Figaro titrait en 2014 sur ces greffiers qui gagnent « plus de 30.000 euros par mois ».
Que s’est-il passé depuis ? La loi Macron de 2015 a voulu faire baisser les tarifs des professions réglementées. Les tarifs des greffiers sont désormais revus tous les deux ans, avec une baisse plafonnée à 5 % à chaque fois, et ils ont presque toujours été baissés au maximum. Résultat ? Pas grand-chose : le taux de résultat des greffes est resté très haut, à 44,3 % en 2021, 41,6 % en 2022 et même 53,5 % en 2023, selon l’Autorité de la concurrence. Le « 30 000 euros » n’est donc pas une légende… il serait même plutôt en dessous de la réalité d’aujourd’hui.
Trois raisons, et vous allez voir qu’elles parlent directement à vos cours de droit des affaires.
Le greffier tient le registre du commerce et des sociétés (le RCS), qui recense plus de 7 millions d’entreprises. Chaque fois qu’une société est créée, modifiée ou dissoute, chaque fois qu’un commerçant change d’adresse ou de dirigeant, il faut passer par lui. Le greffier enregistre plus de 500 000 immatriculations par an (CNGTC, 2025). Et c’est aussi lui qui délivre le fameux extrait Kbis, la « carte d’identité » d’une entreprise, que tout le monde demande à un moment ou à un autre.
Le greffier ne fixe pas ses prix : chaque formalité a un tarif réglementé, le même dans toute la France. Il ne peut ni faire de remise ni augmenter ses prix. Un petit montant par acte, mais multiplié par des centaines de milliers d’actes par an… vous voyez le calcul.
Le greffe du tribunal de commerce gère aussi toutes les procédures des entreprises en difficulté : sauvegarde, redressement et liquidation judiciaires. En 2025, 63 826 procédures collectives ont été ouvertes en France, contre 61 635 en 2024 (CNGTC). Chacune donne lieu à des actes, des publications, des audiences… et donc à des émoluments.
Depuis le 1er janvier 2023, les créations et modifications d’entreprises se déclarent sur un guichet unique en ligne, géré par l’INPI. On a pu croire que les greffiers allaient y perdre. En réalité, le greffier reste celui qui contrôle les formalités et tient le RCS, et le site Infogreffe a même servi de solution de secours pendant les ratés du guichet unique en 2023 et 2024 (question écrite à l’Assemblée nationale). Et en 2023, la première année du guichet, le taux de résultat des greffes a grimpé à 53,5 %, contre 41,6 % l’année précédente.
Voilà le revers de la médaille. Pour devenir greffier titulaire, réussir le concours ne suffit pas : il faut un greffe. Et comme le nombre de greffes est limité (141 en France), la plupart du temps, il faut racheter celui d’un greffier qui part à la retraite, ou des parts de la société qui le détient.
Ces prix ne sont presque jamais publiés, mais il existe une exception : quand un greffier cède ses parts, le ministère de la Justice publie un avis au Journal officiel pour permettre à d’autres candidats de se présenter. Exemple réel : par un arrêté du 27 janvier 2026, les deux associés du greffe du tribunal de commerce de Saintes (Charente-Maritime), loin d’être l’un des plus gros greffes de France, ont annoncé céder leurs parts pour un prix total de 1 750 000 euros.
Avec un tel prix, presque tout le monde passe par un emprunt bancaire, remboursé sur de longues années. C’est pour ça que les premières années d’un greffier sont moins dorées qu’on ne le croit : une partie importante de ses revenus sert à rembourser son greffe. Mais une fois le crédit remboursé… vous connaissez la suite.
Ne vous laissez pas décourager par le prix ! Un greffe a des revenus stables et prévisibles, ce qui rassure les banques. Mais faites vos calculs avant : le greffier qui achète cher un petit greffe gagnera beaucoup moins que la moyenne pendant ses premières années. Et pensez à l’association : racheter une partie des parts d’un greffier en place coûte moins cher qu’un greffe entier.
Derrière les 219 greffiers, il y a environ 1 800 collaborateurs qui font tourner les greffes au quotidien : juristes, assistants, agents d’accueil (CNGTC, 2025). Eux sont salariés, et leur salaire minimum dépend d’une convention collective commune aux greffes, aux administrateurs et mandataires judiciaires et aux avocats aux Conseils (convention des professions réglementées auprès des juridictions, dite « PRaJ »).
Depuis le 1er juillet 2026, ces minimums vont d’environ 1 894 euros par mois pour un premier niveau d’emploi à environ 4 402 euros pour les postes « hors classe », après une hausse de 7,5 % (chiffres publiés par le syndicat SNPJ-CFDT, à titre indicatif : l’avenant officiel n’est pas encore en ligne). Ce sont des minimums : un juriste expérimenté dans un grand greffe gagne souvent plus.
Enfin, il existe des greffiers salariés : ils ont réussi le concours et sont nommés greffiers, mais travaillent pour un greffier titulaire, sans avoir acheté de greffe. Ils n’étaient que 16 en 2025. Leur salaire n’est pas publié. C’est une bonne façon de démarrer sans s’endetter, en attendant de pouvoir s’associer.
Oubliez l’image du greffier qui tape en silence pendant l’audience. Le greffier de tribunal de commerce est à la fois juriste, chef d’entreprise et gardien des archives des entreprises. Une semaine type ressemble à ça :
Depuis le 1er janvier 2025, douze tribunaux de commerce expérimentent pendant quatre ans une nouvelle formule, les tribunaux des activités économiques (TAE), compétents aussi pour les agriculteurs, les associations ou les professions libérales en difficulté. Le greffe y est tenu par le même greffier, avec davantage de dossiers : au Havre, le nombre d’affaires a augmenté de 6 % en 2025 (CNGTC).
Envie de voir à quoi ressemble ce métier en vrai ? Dans cet épisode de la série « Métiers du droit » de Lex TV (2023), Thomas Denfer, alors président du Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce, raconte son quotidien, ses missions et la façon dont il est arrivé là.
Le documentaire « Juges et patrons, un an au tribunal de commerce de Marseille » (LCP, 2022, 52 minutes) montre les coulisses d’un tribunal de commerce, côté juges bénévoles et entreprises en difficulté. Guettez ses rediffusions sur lcp.fr. Et le Conseil national des greffiers a publié sur YouTube un film de 17 minutes, « Les greffiers des tribunaux de commerce au quotidien » (2020).
Petite parenthèse : ces fameux juges consulaires qui siègent sans être payés, on vous les présente dans notre article sur le salaire d’un juge. Le contraste avec leur greffier est assez saisissant !
Le chemin est long et le concours sélectif, mais il est parfaitement clair. Tout est fixé par le Code de commerce (articles R742-1 et suivants) et détaillé par le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce.


Il faut un master en droit (bac+5) ou un diplôme équivalent. Aucun master précis n’est imposé, mais un master en droit des affaires est le choix logique, vu le programme du concours. Pour bien le choisir, jetez un œil à notre liste des masters en droit et à nos conseils sur la sélection en master.
Le concours est organisé une fois par an. Les places sont rares : 10 en 2026, pour 39 candidats présents aux écrits. Au programme :
Deux règles à connaître : toute note sous 5 sur 20 est éliminatoire, et on ne peut pas se présenter après trois échecs. Pas question de le tenter « pour voir », donc.
À peu près tout votre droit des affaires ! Le droit commercial de L2 ou L3 (commerçants, fonds de commerce, RCS), le droit des sociétés (constitution, modification, dissolution), les entreprises en difficulté en M1, et la procédure civile. Le cas pratique, vous connaissez déjà : c’est exactement l’exercice de TD. Pour vous entraîner, voici notre exemple de cas pratique en droit commercial.
Pour réviser les bases, notre vidéo d’introduction au droit commercial reprend les notions clés : commerçant, actes de commerce, fonds de commerce.
Les lauréats choisissent leur lieu de stage dans l’ordre de leur classement. Le stage dure 18 mois, dont au moins 12 auprès d’un greffier de tribunal de commerce (le reste peut se faire chez un autre professionnel du droit). Il se termine par un entretien de validation devant une commission de deux magistrats et un greffier : 10 minutes pour présenter votre stage, puis 20 minutes de questions.
Une fois le stage validé, vous êtes inscrit sur une liste d’aptitude, valable cinq ans. C’est le temps qu’on vous laisse pour trouver un greffe à racheter, des parts à acquérir ou un poste de greffier salarié. Vous êtes ensuite nommé par arrêté du ministre de la Justice, puis vous prêtez serment devant le tribunal de commerce : « Je jure de loyalement remplir mes fonctions avec exactitude et probité » (article R742-31 du Code de commerce, cité par la cour d’appel de Nancy). Le greffier peut ensuite exercer jusqu’à 70 ans.
Certains professionnels sont dispensés du diplôme, du stage, ou des deux : par exemple les collaborateurs qui ont exercé au moins dix ans des fonctions de responsabilité dans un greffe, ou d’anciens magistrats, avocats ou notaires. Mais personne n’est dispensé du concours.
Si on ne regarde que l’argent, la réponse est évidente : c’est le métier du droit le mieux payé, et de loin. Mais ce n’est pas un métier pour tout le monde.
Vous voulez comparer avec les autres professions ? Notre classement des métiers du droit les mieux payés met le greffier de tribunal de commerce face à l’avocat aux Conseils, au notaire ou à l’administrateur judiciaire. Le salaire d’un clerc de notaire montre aussi ce que gagnent les salariés d’un autre office. Et si vous hésitez encore, faites notre test « Quel métier du droit est fait pour vous ? ».
En attendant, le plus sûr chemin vers ce concours reste de réussir votre licence avec de bonnes notes en droit des affaires. Les cours, fiches et sujets corrigés de l’Académie AideauxTD sont là pour ça.
Environ 45 800 euros par mois en moyenne, selon notre estimation à partir des chiffres de l’Autorité de la concurrence (2025) : un greffe réalise 1 839 343 euros de chiffre d’affaires par an, garde 43 % de résultat, et compte 1,44 greffier titulaire en moyenne. Ce montant est avant cotisations, impôt et remboursement du prix du greffe.
Il n’y a pas de salaire de départ : un greffier titulaire vit des résultats de son greffe, et les premières années servent souvent à rembourser l’emprunt contracté pour l’acheter. Un greffier salarié, lui, touche un salaire fixé avec son employeur, non publié.
Le greffier des services judiciaires est un fonctionnaire qui assiste le juge au tribunal judiciaire (2 088 euros nets par mois au départ). Le greffier de tribunal de commerce est un officier public et ministériel qui exerce en libéral et tient notamment le registre du commerce et des sociétés.
Un master en droit ou un diplôme équivalent, puis la réussite au concours d’accès (10 places en 2026), un stage de 18 mois et un entretien de validation.
Les prix sont rarement publiés. Exemple réel : en janvier 2026, les associés du greffe de Saintes ont annoncé céder leurs parts pour 1 750 000 euros (arrêté du 27 janvier 2026).
219 en 2025 : 203 greffiers titulaires et 16 greffiers salariés, répartis dans 141 greffes, avec environ 1 800 collaborateurs (CNGTC).
• Environ 45 800 euros par mois en moyenne (estimation à partir de l’Autorité de la concurrence, 2025), avant cotisations, impôt et remboursement du greffe.
• Ce n’est pas un salaire : le greffier est un officier public et ministériel qui vit des tarifs réglementés de son greffe.
• Ne le confondez pas avec le greffier fonctionnaire, qui démarre à 2 088 euros nets par mois.
• Un greffe coûte cher : 1,75 million d’euros pour celui de Saintes en 2026.
• Pour y arriver : master en droit, concours (10 places en 2026, trois tentatives au plus), 18 mois de stage, puis nomination.
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